Cette bataille diplomatique s’annonce féroce. Annoncée jeudi dernier, la démission précipitée de Roberto Azevêdo de son poste de directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a déclenché le processus pour élire son successeur. «Le meilleur scénario serait que celui-ci prenne ses fonctions le 1er septembre, souhaite un diplomate sous le couvert de l’anonymat. Il pourrait aussitôt s’atteler à préparer la prochaine réunion ministérielle de l’OMC, qui aura vraisemblablement lieu en juin 2021. Mais surtout, il devrait rapidement remettre l’organisation à flot car celle-ci ressemble bien à un navire sans capitaine qui coule.»

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Le directeur démissionnaire, qui part une année avant la fin de son mandat, ne laisse pas une OMC en bonne santé. Dix-neuf ans après son lancement, le Cycle de Doha, dont l’ambition était d’abolir les barrières dans les échanges, notamment de produits agricoles et de services, est enterré. D’autres sujets, le commerce électronique et les subventions à la pêche par exemple, sont au point mort.

Les paris sont ouverts

Mais c’est sur son fonctionnement au quotidien même que l’OMC est paralysée. Son organe d’appel pour le règlement de différends entre Etats n’est plus opérationnel. Il n’est plus doté d’un nombre suffisant de juges, la nomination de nouveaux étant gelée par les Etats-Unis. Sur le sujet de réformes institutionnelles dont l’administration Trump se veut le fer de lance, c’est aussi le blocage. L’OMC est réduite au rôle de spectateur passif dans la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, Washington accusant Pékin de ne pas respecter ses engagements.

Et pour ne rien arranger, la semaine passée, deux sénateurs américains, Peter DeFazio et Frank Pallone, ont introduit devant le Congrès une résolution bipartisane demandant que les Etats-Unis se retirent de l’OMC. Ils réclament un vote avant décembre.

Telle est la toile de fond sur laquelle aura lieu l’élection. Il revient à l’ambassadeur néozélandais et président du Conseil général de l’OMC, David Walker, de consulter les Etats membres et de donner le départ de la course à la succession. En principe, ce sera chose faite d’ici à la fin de la semaine.

Ingénieur ou vendeur

Trois candidats s’étaient officiellement déjà mis en lice dès le début de l’année: le Suisso-Egyptien Hamid Mamdouh, le Nigérian Yonov Frederick Agah, actuellement l’un des quatre vice-directeurs de l’OMC, et le Béninois Eloi Laourou, ambassadeur auprès de l’ONU à Genève. Les trois ont été adoubés par l’Union africaine. En effet, les pays africains affirment que c’est à leur tour d’assumer ce poste.

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Contacté par Le Temps, Hamid Mamdouh s’est dit partant pour relever le défi. Il met en avant son expérience de 35 ans au sein de l’OMC: «Lorsqu’une voiture est en panne, on a besoin de l’ingénieur qui l’a conçue, qui peut diagnostiquer le mal et le réparer, plutôt que du vendeur.»

Une outsider en la personne de la Kényane Amina Mohamed, ancienne diplomate auprès de l’OMC, pourrait jouer les trouble-fêtes. Dans une déclaration au Financial Times (FT) de lundi, elle cache à peine son intérêt, disant qu’une Africaine serait bien placée pour conduire l’OMC hors des eaux troubles.

Le FT mentionne aussi la candidature du travailliste britannique Peter Mandelson. Pour cet ancien commissaire européen au Commerce, le nouveau patron de l’OMC devrait être un homme politique ayant un carnet d’adresses bien garni. Le quotidien britannique relève toutefois la difficulté de réunir un large soutien à son nom. Une candidature alternative européenne pourrait être celle de Sigrid Kaag, ministre néerlandaise du Commerce.

La balle est dans le camp des Etats. Sans un choix d’ici à début septembre, l’intérim sera assuré par l’un des adjoints actuels de Roberto Azevêdo. Un scénario qui ferait encore perdre du temps.