La Suisse, lanterne rouge de la croissance: malgré le diagnostic officiel, le monde politique n'y prête pas attention et continue de débattre de problèmes de répartition. Il est temps de réunir toutes les écoles de pensée et de faire le point, a lancé Thomas Held, directeur d'Avenir Suisse, ouvrant la conférence que le «think tank» des milieux économiques organisait sur ce thème vendredi à Zurich.

Jan-Egbert Sturm, de l'Université de Constance, démontre qu'effectivement la croissance helvétique et sa productivité sont inférieures à celles des huit petits pays de l'Union européenne. On ne peut guère accuser les politiques monétaire et fiscale d'être trop restrictives, leur effet se déployant à court terme, ajoute-t-il. Ce n'est pas l'avis de Serge Gaillard, économiste à l'USS, qui rappelle les dégâts de la politique monétaire menée par la Banque nationale au début de la précédente décennie.

C'est plutôt sur l'offre que la Suisse doit travailler, estiment Jan-Egbert Sturm, Aymo Brunetti au Seco (secrétariat d'Etat à l'économie) et Ulrich Kohli à la BNS (Banque nationale suisse). L'augmentation de poids du secteur public, son manque d'efficience, une bureaucratie croissante, les blocages institutionnels pèsent sur la croissance, ainsi que l'absence d'ouverture du marché intérieur. Les barrières cachées à l'importation sont plus nombreuses que partout ailleurs, souligne Jan-Egbert Sturm.

Le moment précis où la Suisse a quitté la position enviable de premier de classe date du début des années 70, relève Frank Bodmer, de l'Université de Bâle. L'analyse de la croissance des trente dernières années dans la zone OCDE nous place en 23e position sur le plan du PIB par habitant et en 18e selon le PIB par heure, une mesure de productivité. «On peut changer les critères, mais la Suisse reste toujours dernière ou avant-dernière», selon l'économiste bâlois.

Ce diagnostic officiel ne convainc toutefois que partiellement la Banque nationale. «La Suisse est dans la deuxième moitié du peloton», explique Ulrich Kohli. En d'autres termes, le verre n'est qu'à moitié vide.

Le camp libéral divisé

Différents ajustements méthodologiques doivent être effectués au produit intérieur brut (PIB) pour obtenir une image correcte des dernières années, lui préférer le produit national brut (PNB) par exemple. L'économiste genevois, père du «command GDP», à savoir un PIB qui intègre les termes de l'échange (rapport entre les prix à l'exportation et les prix à l'importation) n'allait pas manquer d'ajouter qu'une amélioration de ceux-ci équivaut à un progrès technologique. A son avis, on sous-estime de 1 à 1,5% par an la croissance de la Suisse.

La BNS appuie toutefois de toutes ses forces le discours visant à s'attaquer à la taille du secteur public, qui dépasse 50% du PIB après la plus forte progression au sein des pays de l'OCDE depuis deux décennies.

Au chapitre des recettes permettant de dynamiser l'économie, le camp libéral se divise clairement. Ulrich Kohli, comme Avenir Suisse, montrent du doigt le fédéralisme et ses restrictions aux échanges.

Silvio Borner, de l'Université de Bâle, préfère critiquer le manque de cohérence et de consistance des autorités fédérales. Il propose aussi de renforcer les droits individuels dans la Constitution, relativement aux droits populaires, et de dépolitiser des activités clés du pays, par privatisation et déréglementation. La part de l'Etat a eu un effet négatif de 1,51% par an sur la croissance dans les années 90, ajoute-t-il.

Si la quote-part de l'Etat a un impact sur la croissance, la démocratie directe et le fédéralisme ne peuvent pas être la cause de la stagnation. Leur rôle consiste précisément à mieux contrôler les dépenses, selon Gebhard Kirchgässner, de l'Université de Saint-Gall. Le PIB par habitant est de 5% plus élevé dans les cantons disposant d'un référendum sur les dépenses budgétaires. Son désir serait d'introduire pareil référendum au niveau fédéral. Sa deuxième grande recommandation consiste à tout mettre en œuvre pour accroître la participation des femmes au marché du travail.