Dur dur de se maintenir au sommet de son art. C'est vrai en gastronomie autant qu'en sport. Ou encore en finance, lorsqu'il s'agit d'appartenir aux 120 à 150 gérants de hedge funds des fonds multi-managers du groupe GAM chargés de gérer 19 milliards de dollars d'actifs. «Chaque année, 35% d'entre eux quittent le groupe», indique Reinhard Müller, chef de la clientèle institutionnelle en Europe et des intermédiaires (banques et gérants de fortunes), dans un entretien au Temps. La proportion serait proche de la moyenne de la branche.

Il n'est pas aisé de conserver son alpha, le talent qui permet de dépasser la performance moyenne du marché et justifie la qualification de hedge fund. Mais comme GAM a bel et bien l'intention de rester un leader des hedge funds, seuls les 120 à 150 meilleurs, parmi les plus de 5000 gérants de hedge funds présents sur sa banque de données, y ont leur place. Les heureux élus doivent passer différents tests qualitatifs et quantitatifs, offrir une vaste expérience et s'intégrer au concept de GAM.

La résiliation des mandats résulte soit de la découverte de meilleurs talents, soit des conditions de marché, d'un changement de style du gérant qui n'était pas prévu dans le mandat de départ, soit encore pour des questions de performance ou de volatilité. Mais «le changement de managers s'effectue surtout à l'apparition de nouvelles opportunités de rendement».

Le choix des gérants de hedge funds, à partir de critères opérationnels et d'investissements, appartient à une équipe de plus de 70 managers de fonds de fonds, basée surtout à Londres, mais aussi à New York et à Hongkong. Quatre personnalités font partie de ce groupe depuis plus de quatre ans. Il s'agit de David Smith, le responsable de l'unité, Kier Boley, David Ahn et Nancy Skiest-Andrews.

Changement de directeur

GAM, qui n'accepte les clients privés qu'à partir de 5 millions de dollars, profite de sa longue expérience dans ce domaine et de l'attention des investisseurs de plus en plus portée sur le concept de rendement absolu, soit l'estimation de la performance indépendamment d'un indice de référence. Gilbert de Botton, fondateur de GAM en 1983, fut l'un des premiers porte-drapeaux de cette philosophie ainsi que de cette incessante quête des meilleurs talents au monde.

Reprise par UBS en 1999, quand elle pesait 14 milliards d'actifs, la société a fortement progressé et gère aujourd'hui 38 milliards de dollars. De ce montant, on distingue la partie institutionnelle (6,9 milliards de dollars fin 2004), privée (14,7 milliards) et fonds de placement (15,6 milliards). Au sein de la première banque suisse, GAM est indépendante dans son action même si elle appartient depuis 2003 à une holding, SBC Wealth Management, comprenant aussi trois banques de gestion. Le président de la holding est Hans de Gier et le vice-président Georges Gagnebin.

Un événement clé pour GAM s'est produit avec l'arrivée d'un nouveau directeur général, David Solo, la jeune et brillante star américaine entrée dans le groupe UBS à l'époque du rachat de O'Connors par la SBS. Il succède à Burkhard Poschadel, retiré depuis mai dernier.

Au siège de la société et parmi la concurrence, chacun se demande si cette arrivée présage de vastes travaux de réorganisation. Aujourd'hui, il s'avère que non. «La stratégie sera assez peu modifiée, si ce n'est qu'un effort particulier sera porté sur l'institutionnel, sur le plan mondial et suisse», selon Reinhard Müller. Davantage de ressources seront dédiées à ce secteur, de nouveaux produits spécifiques seront lancés. Les caisses de pension helvétiques ne sont pour l'instant guère friandes de hedge funds. Ces produits représentent 1 à 2% de leurs actifs. Mais la proportion augmente «à des fins de diversification des risques».

Quatorze fonds enregistrés en Suisse

Les actifs institutionnels de GAM ont d'ailleurs plus que doublé depuis l'an 2000 pour atteindre aujourd'hui 6,9 milliards de dollars. L'équipe de ventes suisse compte huit personnes pour les institutionnels et les intermédiaires. Les fonds multi-managers leur semblent prédestinés. Les consultants devraient aussi être séduits. Car «70% des mandats institutionnels sont, à mon avis, le fruit des décisions des consultants», explique Reinhard Müller.

Outre les hedge funds, l'autre expertise de GAM se situe dans les fonds de placement avec gestion active. Les gérants de ces produits sont soit internes (28 d'entre eux), associés (3) ou externes (16). Ici, GAM se positionne plutôt comme boutique, avec des produits globaux en actions, ou spécifiques à une région. Quatorze fonds GAM sont enregistrés en Suisse, dont celui sur les actions européennes, géré par la star John Bennett, actif pour le groupe depuis plus de dix ans.