Gestion de fortune

Chez Julius Baer, le «ministre de l'Intérieur» a pris le pouvoir

Les milieux bancaires considèrent que le nouveau directeur général, Bernhard Hodler, souffre de la comparaison avec son prédécesseur, Boris Collardi. Son premier oral, mercredi, lui a servi à convaincre et à mettre fin à certains préjugés à son égard

Bernhard Hodler, 57 ans, nommé fin novembre président de la direction du groupe Julius Baer, pour succéder à Boris Collardi, n’est pas une solution temporaire. C’est le premier message que le banquier, employé de l’institut depuis 1998, veut faire passer à ses interlocuteurs.

Détendu, souriant, il l’a répété mercredi, lors de la conférence de presse annuelle, à Zurich. Le Biennois d’origine, qui habite aujourd’hui à Zoug, n’est pas un directeur qui attendrait sagement que des chasseurs de tête proposent une autre solution à son conseil d’administration. «Je me sens bien dans ce rôle.»

Style discret

Deux mois après son entrée en fonction, ce premier exercice de communication produit progressivement les effets recherchés. Même le site Inside Paradeplatz, spécialiste des rumeurs sur la place financière, avoue que le nouveau patron est là pour durer et que le conseil d’administration est satisfait de son choix.

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Le style, plus discret, tranche toutefois avec celui de son prédécesseur. Barbe de trois jours, lunettes noires, costume sombre, cravate rouge foncé, il entre parfaitement dans le moule du banquier zurichois qui arpente la Bahnhofstrasse sans être remarqué. Sympathique et empathique, loin de la star Boris Collardi, qui raconte sur CNN Money qu’il profite de son temps libre pour suivre un cours d’influenceur à Londres.

Tout ce que la presse spécialisée, comme le site Finews, a réussi à trouver d’original sur Bernhard Hodler, c’est une plus grande ponctualité que son prédécesseur. Pour le reste, il avoue être amateur de ski, être resté fidèle à ses origines en soutenant l’EHC Bienne, mais que, résidant à Zoug, il est devenu fan du HC Zoug et du FC Lucerne.

Volonté de continuité

Plus sérieusement: à l’annonce du changement de directeur, l’action Julius Baer avait accusé le coup. Sans doute en raison du solide parcours du patron sortant et de l’incertitude causée par son départ chez Pictet. Les chiffres présentés mercredi par Bernhard Hodler sont d’ailleurs mis sur le compte de son prédécesseur.

Mais mercredi, Bernhard Hodler a rappelé qu’il a participé à l’établissement de la stratégie, ainsi qu’à sa mise en œuvre. Comme la banque a d’emblée mis l’accent sur une volonté de continuité, il s’agit pour le Biennois de confirmer. Une différence avec l’ère Collardi, tout de même? «J’entends mettre davantage l’accent sur les segments particuliers et sur les produits adaptés aux différents marchés», avance-t-il.

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Après la classique rencontre avec clients et employés afin de se présenter et de rassurer, la deuxième phase des cent premiers jours à la tête du groupe passe par la revue de la stratégie. Sur ce point, le banquier était attendu avec beaucoup d’intérêt. Sans surprise, il entend conserver les points forts du groupe, l’«Unique Selling Proposition» de Julius Baer. Il s’agit de sa concentration sur la seule gestion de fortune, sans division d’asset management, donc sans risque de conflits d’intérêts dans la distribution des produits. Il insiste également sur ce que les professionnels nomment le global reach, soit la forte présence en Asie.

Au contact des clients

Bernhard Hodler veut mettre fin à un autre préjugé à son égard. Celui qui le présente comme un homme de support, un technicien de la gestion des risques qui n’aurait pas l’expérience du contact avec la clientèle. En tant que responsable des affaires de crédit, un métier central au sein du groupe, le Biennois a toujours été au contact des clients très fortunés, a-t-il rappelé.

Il est toutefois correct d’affirmer que Boris Collardi était plus présent en Asie. Si le nouveau patron du groupe, diplômé de l’Université de Berne et de la Wharton School, a voyagé lorsqu’il a travaillé pour Credit Suisse First Boston et pour la SBS, ses fonctions de responsable des risques de la banque Baer imposaient une présence avant tout en Suisse. Il reconnaît lui-même avoir été l’équivalent du «ministre de l’Intérieur» du groupe.

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Le nouveau directeur général sortira aussi de l’ombre de Boris Collardi en fixant ses priorités pour la place financière. Son message comporte trois axes: l’accès au marché européen, la lutte contre des réglementations «injustes» et la nécessité de parler d’une seule voix au sein de la branche.

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