On connaît maintenant les résultats semestriels des trois grandes banques de gestion de fortune alémaniques, Julius Baer, Vontobel et Banque Sarasin. Sur un an à fin juin, ces trois établissements ont eu un point en commun: leurs activités de gestion de fortune, privée et institutionnelle, ont connu des taux de croissance nettement supérieurs à la moyenne: 37% chez Julius Baer à 146 milliards d'actifs sous gestion, 28% chez Sarasin à 40 milliards et 39% chez Vontobel à 80 milliards. Derrière ces chiffres, il y a cependant un autre résultat: l'activité de fonds de placement flambe chez ces trois banquiers de gestion. Et, comme le confirment plusieurs études de l'analyste Madeleine Hofman du Credit Suisse Research, elle commence aussi à avoir une importance déterminante dans leurs résultats financiers. En termes de rentabilité.

Chez Julius Baer, les fonds de placement représentent une masse de 33, 3 milliards de francs, dont 24 sont parqués dans le département de gestion institutionnelle et 1,6 milliard dans celui de gestion privée. Cette masse globale a connu un taux de croissance de 19% en un an et elle permet à la banque d'employer près de 130 personnes dans une direction spécialisée qui est devenue, sous la direction de Peter Spinnler, une des plus pointues du marché suisse. Pour les années à venir, le groupe anticipe un taux de croissance équivalent de 20% de cette activité, dont les ramifications s'étendent déjà sur tous les principaux marchés européens avec un accent particulier sur l'Italie, où Julius Baer est devenue une référence en la matière.

Chez Vontobel, l'activité des fonds de placement est plus modeste. Elle concerne une masse de 12,5 milliards de francs à fin juin. Depuis la fin de l'année dernière, celle-ci a augmenté de 12%. Sur l'année en cours, Madeleine Hofman estime qu'elle devrait atteindre un montant global de 15 milliards de francs. Chez Banque Sarasin à Bâle, les fonds de placement représentent 17% de la masse sous gestion totale à fin juin, c'est-à-dire environ 7 milliards de francs. Depuis la fin de l'année, sous l'influence notamment des structures de ventes indirectes que la banque privée a développées, son volume a progressé de 13%. Dans les trois banques privées cependant, le plus intéressant de cette activité est sa contribution aux résultats.

Selon les estimations de Madeleine Hofman dans une étude qu'elle vient de publier sur Julius Baer, cette contribution est de 16% pour Julius Baer, de 7% chez Vontobel, où plus de la moitié du bénéfice brut provient de l'activité de négoce et de courtage, et de 11% chez Banque Sarasin. La rentabilité des fonds de placement est ainsi devenue un élément très important pour ces établissements. Chez Julius Baer, la dernière lettre aux actionnaires donne une indication intéressante: la marge brute sur ces produits y a augmenté de 32% au premier semestre de cette année. Quant à la marge nette, estimée à 24 points de base (2,4%) par Madeleine Hofman, elle devrait selon cette analyste se stabiliser aux alentours de 20 points de base ces prochaines années. C'est-à-dire un niveau similaire à celui de Banque Sarasin (20 à 22 points de base) mais légèrement supérieur à ce que connaît Vontobel, où la marge nette générée par cette activité oscille plutôt aux alentours de 16 à 18 points de base.

Cette rentabilité est d'ailleurs très intéressante pour les trois établissements. Elle permet en effet de générer un cash-flow libre impressionnant et stable à long terme. Pour un coût du capital investi qui tourne autour de 8% à 9% dans chacune des banques privées alémaniques, celles-ci devraient en 2001 voir ainsi leur activité de fonds de placement générer un cash-flow libre de 72 millions pour Julius Baer, 15 millions pour Banque Sarasin et 22 millions pour Vontobel. Trois niveaux de rentabilité qui correspondent à 51% de ce que va générer comme cash-flow libre le seul private banking de Julius Baer. Avec une proportion de 32% pour Banque Sarasin et de 28% pour Vontobel, les contributions des fonds de placement aux résultats de ces deux banques sont encore plus impressionnantes.