Agroalimentaire

Chez Nestlé, les restructurations pourraient coûter 580 emplois vaudois

Le géant agroalimentaire prévoit de restructurer son service informatique et de délocaliser quelque 80 postes chez Nespresso. En plein virage stratégique, sa direction se défend de procéder à un strict «exercice de réduction des coûts»

Nestlé continue à trancher dans le vif. Le géant agroalimentaire a annoncé mardi une double restructuration touchant son service des technologies informatiques ainsi que son quartier général de Nespresso. En tout, quelque 580 postes pourraient être supprimés dans le canton de Vaud, sur un total de 6000.

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Par voie de communiqué, le géant de l’agroalimentaire justifie les coupes dans son service informatique par sa volonté «d’accélérer sa numérisation». Concrètement, 500 des 600 postes de son département des technologies de l’information, disséminé entre Lausanne, Bussigny et Vevey, pourraient disparaître d’ici aux 18 prochains mois.

L’informatique migre vers Barcelone

Une partie des employés étaient arrivés dans les années 2000 avec le développement de la plateforme d’e-business Globe, destinée à faciliter la communication entre ses filiales. Nestlé évoque aujourd’hui de nouveaux besoins liés à la révolution numérique (internet des objets ou réalité virtuelle). La réorganisation des activités informatiques va notamment bénéficier au nouveau hub technologique de Nestlé à Barcelone, créé en 2016. «De nouveaux postes seront ouverts, évoque un porte-parole du groupe en vantant l’écosystème catalan. Mais tout reste à définir.»

La restructuration fera l’objet d’une procédure de consultation et Nestlé se dit déjà prêt à mettre en œuvre un plan social pour accompagner les licenciements. Mardi, le Conseil d’Etat vaudois a demandé une rencontre avec la direction générale de la multinationale afin «d’étudier toutes les solutions alternatives».

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Une coordination a également été mise en place avec les trois communes touchées par la restructuration. Dans un courriel séparé de celui du canton, elles demandent l’ouverture de négociations, rappelant à Nestlé le «potentiel considérable» de la région dans le domaine informatique.

Délocalisations et déménagements chez Nespresso

Les coupes budgétaires vont pourtant au-delà de ce secteur. Au siège de Nespresso, situé sur deux sites lausannois, c’est 80 emplois qui pourraient être délocalisés, selon le communiqué de Nestlé. Là aussi, une procédure de consultation aura lieu. Mais la direction proposera à tous les employés touchés de rejoindre l’Espagne ou le Portugal, où Nestlé prévoit de développer les activités en lien avec l’e-commerce et la gestion de la chaîne de production. Autre destination possible: l’Italie, où Nestlé veut créer un centre dédié au design des boutiques Nespresso.

En plein virage stratégique, Nestlé a multiplié les annonces de restructurations depuis l’arrivée de son nouveau directeur, Mark Schneider, en janvier 2017. Fermeture du laboratoire dermatologique Galderma à Sophia Antipolis, en France (400 emplois). Mais aussi, en Suisse, concentration des activités veveysannes sur six sites au lieu de 21, fermeture de l’usine Galderma (encore) à Soleure et délocalisation du centre de recherche chocolatier de Broc vers York.

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Dans un courrier interne envoyé aux employés, la direction de Nespresso annonce avoir résilié le bail des bureaux de Bellerive pour juin 2019, et le regroupement du personnel sur le seul site lausannois d’Horizon. Dans un deuxième temps, Nespresso pourrait déménager à Vevey d’ici à 2021, «mais la décision finale n’a pas encore été prise».

Des coupes «sur mesure»

Du côté de Nestlé, on se défend pourtant d’effectuer des coupes linéaires sur l’ensemble du groupe. «On est dans le sur-mesure. Ce n’est pas uniquement un exercice de réduction des coûts. Il doit nous permettre d’acquérir les capacités nécessaires à notre transformation numérique», explique un porte-parole du groupe au Temps.

A la mi-journée, l’action de Nestlé se contractait de 0,49%, sur un marché globalement en repli (-1,17 pour le SMI).

Du point de vue des investisseurs, on voit dans l’annonce de Nestlé une «bonne nouvelle», explique Jean-Philippe Bertschy. L’analyste de Vontobel évoque la nouvelle composition du board de Nestlé avec trois nouvelles «personnalités fortes»: les patrons d’Adidas et d’Inditex (Zara) et l’ex-directrice financière de l’américain Baker Hugues. «C’est un conseil d’administration remanié de manière extrêmement opportune. Les réformes se poursuivent sur tous les fronts. Et il n’y en a pas une seule qui ne soit en ligne avec la stratégie énoncée par Mark Schneider à son arrivée.»

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Importance de la recherche et du développement

Le groupe souligne, par ailleurs, son attachement à la Suisse, évoquant une relation «mutuellement bénéfique», avant de promettre de continuer à investir dans ce pays. Pour 2018, le groupe articule le montant de 300 millions de francs, contre 289 millions l’année dernière.

Nestlé emploie actuellement quelque 10 100 personnes en Suisse, contre 6700 en 2003. Un ancrage dû notamment au lancement des capsules Nespresso, dont la production mondiale s’effectue à Orbe, Avenches et Romont. Mais aussi à l’importance stratégique de la recherche et développement du groupe: sur son 1,7 milliard de francs de budget, 58% sont investis en Suisse, fait valoir la multinationale.

La semaine dernière, le regroupement du Centre de recherche Nestlé et du Nestlé Institute of Health Sciences a été annoncé. L’opération «neutre pour l’emploi» concentrera les 800 employés des deux structures sur un seul site à Lausanne.

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