Avec calme et sérénité, Hariolf Kottmann, patron du groupe chimique bâlois Clariant, a décrit, ce matin à Zurich, comment son entreprise a vécu la journée du 15 janvier, lorsque la Banque nationale suisse (BNS) a soudain réévalué de 15% à 20% le franc suisse face à l’euro.

«Aucune séance spéciale n’a été convoquée. De simples contacts téléphoniques ont eu lieu pour faire le point. Vous savez, pour nous, les fluctuations des cours de change sont monnaie courante, explique le patron du groupe basé à Muttenz qui emploie 17 000 personnes dans le monde. D’ailleurs nous sommes, en ce moment, davantage touchés par la volatilité de monnaies comme le rouble ou le renminbi, que par le cours du franc suisse face à l’euro».

Clariant est en transformation depuis près de cinq ans. Les mesures d’économies et de transfert de charges vers les pays à moindre coût ont déjà eu lieu en grande partie. «Nous envisageons encore quelques mesures de délocalisation dans le cadre d’un processus normal peu affecté par la décision de la BNS de lever le cours plancher face à l’euro, annonce Hariolf Kottmann. Mais elles ne toucheront pas vraiment l’emploi en Suisse puisque nous avons déjà transféré, dès 2013, certaines tâches administratives et comptables en Pologne par exemple».

Transfert de 200 à 250 postes

Un transfert progressif de 200 à 250 postes de travail vers des zones à «coût de main-d’œuvre plus bas à qualifications égales» est prévu, mais touche essentiellement l’Allemagne et «un peu les Etats-Unis», selon le dirigeant de Clariant.

La réduction du poids du franc suisse dans les activités du groupe a commencé il y a plusieurs années. «Notre base de coût en francs s’est réduite de moitié depuis 2011. Elle se limite aujourd’hui à 4%», souligne Hariolf Kottmann. De plus, Clariant enregistre, dans la zone euro, des coûts supérieurs au chiffre d’affaires réalisé dans cette région, ce qui réduit encore le poids de la décision de la BNS.

Le cours de change entre l’euro et le dollar a une plus grande influence sur l’évolution des résultats de la société, pourtant comptabilisés en francs suisses. «Nous avons réalisé un gain de compétitivité l’an dernier, car des produits fabriqués dans la zone euro sont expédiés et facturés dans la zone dollar», précise le patron de Clariant.

Année 2015 «neutre»

L’année 2015, avec une croissance attendue des marchés émergents (+24% des ventes en Inde, +14% en Amérique latine et +9% en Chine l’an dernier), est envisagée avec sérénité par Hariolf Kottmann. «Globalement, nous nous attendons à ce que l’effet de change soit neutre sur la marge bénéficiaire en 2015», assure-t-il.

Le groupe chimique bâlois, qui s’est délesté des produits chimiques de base pour se tourner vers des spécialités à forte marge bénéficiaire, a présenté ce matin des résultats financiers de l’année 2014 correspondant aux attentes des analystes financiers. Le chiffre d’affaires augmente de 5% en monnaies locales et de 1% en francs suisses, à 6,12 milliards de francs. Le bénéfice EBITDA progresse de 6%, à 867 millions de francs, ce qui porte la marge à 14,2% contre 14,1% en 2013. Le bénéfice net s’élève à 235 millions de francs.