Pourquoi la banque chinoise a choisi Zurich

Implantation Activité commerciale, proximité avec la bourse et mauvais souvenirs expliquent le choix de China Construction Bank

D’autres groupes chinois pourraient suivre en Suisse

Géant bancaire chinois, China Construction Bank (CCB) s’installera à Zurich, a révélé Le Temps dans son édition de mardi. Une douche froide pour la promotion économique genevoise, qui a tout fait au cours des derniers mois pour attirer une banque chinoise sur les bords du Léman? Non, assurait Pierre Maudet en confirmant l’information dans nos colonnes: «L’implantation de CCB à Zurich constitue un succès majeur pour la place financière suisse.»

Et le ministre genevois de l’Economie – qui s’était rendu personnellement à Pékin en septembre dernier – de préciser que le choix zurichois «ne préjuge pas de l’éventuelle présence future, à Genève, d’une antenne destinée au financement du négoce». L’heure ne serait donc pas aux guerres de clocher, mais à l’union sacrée de la place financière helvétique. Pierre Maudet le reconnaît, le choix de Zurich ­s’expliquerait «par les activités de banque commerciale que cet établissement entend y conduire, à proximité géographique de nos deux grandes banques».

La logique économique semble en effet être le premier élément d’explication du choix de Zurich.

Pôle de la banque d’investissement, porte d’entrée du marché obligataire, siège de la bourse suisse: l’orientation commerciale de la place financière zurichoise correspond davantage aux besoins d’une banque commerciale comme CCB, notent de nombreux observateurs. Des besoins en ligne avec les ambitions du gouvernement chinois, qui contrôle la banque. «Nous voulons faire de la Suisse l’un des grands centres offshore de notre monnaie», avait ainsi déclaré le premier ministre chinois, Li Keqiang, il y a deux semaines à Davos, alors que la Banque nationale suisse et la Banque populaire de Chine venaient d’annoncer la signature d’un mémorandum d’entente relatif à la conclusion, en Suisse, d’accords de compensation en yuans, la devise chinoise. A Pékin cette fin de semaine, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf souhaite d’ailleurs «entretenir cette dynamique».

Mais la logique économique n’explique pas tout, estime le maire de Delémont et ancien conseiller national Pierre Kohler, toujours secrétaire général du groupe parlementaire Suisse-Chine: «En Chine, c’est le gouvernement qui décide. Et la très mauvaise expérience de Bank of China à Genève [la banque s’y était implantée en 2008 avant de fermer ses portes quatre ans plus tard] a laissé des traces. Les autorités genevoises avaient été très mauvaises, me disent mes sources, en allant jusqu’à poser des problèmes pour des questions de permis de travail! Les Chinois ne l’ont pas oublié. A l’inverse, les Zurichois ont été très bons. Le ministre zurichois de l’Economie, Ernst Stocker, est allé deux fois en Chine l’an passé et aurait donné toutes les garanties qu’à Zurich cette mauvaise expérience ne se répéterait pas.»

Les autorités genevoises doivent-elles donc se faire une raison? Non, à entendre Blaise Godet, président de la Section romande de la Chambre de commerce Chine-Suisse: «Ce que j’entends, c’est qu’il y a un intérêt pour la Suisse de la part de deux banques. Outre CCB, Bank of China pourrait faire son retour en Suisse, mais le lieu du siège n’a pas encore été décidé.» Bank of China à Genève? «Je n’en crois pas un mot», balaie une source proche des négociations qui ne souhaite pas être citée. «Vous ne vous rendez pas compte du traumatisme laissé par le passage de Bank of China à Genève. Il y a eu un énorme problème culturel…»

Reste que, selon Blaise Godet, CCB pourrait «opérer en quelque sorte comme un chef de file»: «Une fois que le pli aura été pris, image-t-il, très rapidement des conglomérats chinois disposant de très larges liquidités vont être intéressés à développer des affaires en Suisse.» Objectif: réduire leur dépendance au dollar et diversifier leurs investissements. «Ces conglomérats sont déjà présents dans beaucoup de secteurs, pourquoi pas dans la banque suisse, si les exigences réglementaires sont remplies?» se demande Blaise Godet. La reprise de filiales suisses de banques étrangères, «conçues sur un modèle d’affaires aujourd’hui devenu moins rentable», pourrait intéresser les Chinois, estime l’ex-ambassadeur. Et nombre de ces filiales se trouvent à Genève.

«Outre CCB, Bank of China pourrait faire son retour en Suisse»