Ce sera Zurich. Selon des informations du Temps, China Construction Bank, dont la venue devrait faciliter les échanges commerciaux entre la Suisse et la Chine, a choisi la capitale économique plutôt que Genève. Et ce, malgré les efforts de la promotion économique du bout du lac.

Toutefois, cela «ne préjuge pas de l’éventuelle présence future, à Genève, d’une antenne destinée au financement du négoce», a écrit Pierre Maudet au Temps mardi après-midi. Le conseiller d’Etat, qui s’était rendu à Pékin à la fin de l’été dernier, considère qu’une «telle implantation (potentiellement duale) revêt une réelle pertinence économique et obéit à la volonté politique défendue par [ses] soins».

Du côté de Pékin, la décision de venir en Suisse a été prise le 12 décembre dernier. Les administrateurs de CCB ont alors tous validé ce projet. La banque renvoie au procès-verbal de cette séance, confirmant l’annonce de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf à Davos lors du Forum économique mondial.

Contactée à Hongkong, où elle est cotée, CCB parle d’une «grande décision». Le document évoque pourtant l’établissement d’une simple succursale («branch»), et non d’une filiale, une structure jugée plus «ancrée» dans l’économie suisse et placée sous la surveillance de la Finma. La banque laisse cependant entendre que ce point n’est pas tranché. Un connaisseur des procédures d’octroi de licence bancaire estime que «les négociations avec le régulateur sont certainement encore en cours, Pékin préférant à coup sûr une filiale, autrement dit, une vraie banque».

Le fait que la banque chinoise opte pour Zurich plutôt que pour Genève – ce que CCB ne commente pas – est «une surprise», selon un connaisseur de la place financière genevoise. En effet, Pierre Maudet et son équipe n’ont pas ménagé leurs efforts pour faire venir un établissement chinois au bout du lac. «L’implantation de CCB à Zurich constitue un succès majeur pour la place financière suisse, consolidant une première étape du rapprochement monétaire engagé de longue date entre nos deux pays», ajoute Pierre Maudet. Le choix de Zurich semble, pour le politicien libéral-radical, «s’expliquer par les activités de banque commerciale que cet établissement entend y conduire, à proximité géographique de nos deux grandes banques».

Son arrivée est une «bonne nouvelle» alors que la place traverse une phase de consolidation, souligne un banquier genevois, et parce qu’il «nous manquait un établissement chinois pour espérer rattraper notre retard sur Londres, Francfort ou Luxembourg afin de prendre une partie du marché international du renminbi». En deux ans, la devise, partiellement convertible, est passée du 13e au 5e rang des monnaies les plus utilisées dans les paiements internationaux, selon Swift.

L’installation de CCB compléterait le dispositif annoncé il y a deux semaines par la Banque nationale et son homologue chinoise pour créer en Suisse un marché du renminbi. A Pékin ce mercredi et jusqu’à vendredi, Eveline Widmer-Schlumpf a promis d’«entretenir cette dynamique».

A Hongkong, la tour vitrée de CCB s’élève sur Chater Road. La banque figure au 3e rang mondial par la taille de son bilan, 2596 milliards de dollars, selon la société d’informations financières SNL. Seules ICBC, une autre banque chinoise, et HSBC la surclassent. UBS et Credit Suisse arrivent en 24e et 26e position, respectivement. Contrôlée par le pouvoir chinois, CCB revendique 365 000 employés.

En levant la tête, on peut voir le reflet d’une autre banque chinoise qui a tenté l’aventure suisse, Bank of China. C’était fin 2008, dans la cité de Calvin, sous les applaudissements du Conseil d’Etat genevois. Quatre ans plus tard, l’établissement, lui aussi contrôlé par l’Etat, avait pourtant fermé ses bureaux de la rue de Hesse et vendu ce qui restait de ses activités à Julius Baer.

Plusieurs sources espèrent que CCB ne commettra pas les mêmes erreurs que Bank of China. «Ils vont devoir mieux soigner le choix de l’équipe dirigeante, avance un banquier qui a suivi sa trajectoire. Espérons qu’elle évite aussi les luttes de pouvoir au sein du groupe.» A Zurich, le terrain devrait paraître plus «neutre qu’à Genève, qui reste marquée par l’échec de Bank of China», souligne l’une des personnes qui ont participé aux négociations. En Chine, on dirait que les forces du feng shui y seront plus favorables.

Un autre financier soulève que CCB a intérêt à chercher un autre positionnement: «Dans la banque privée, il lui est difficile de progresser. Parce que, d’une part, les riches résidents chinois qui diversifient leurs avoirs à l’étranger évitent précisément les banques chinoises. D’autre part, la clientèle des banques suisses n’a pas encore assez confiance dans ces établissements pour leur confier une partie de leur fortune.»

La venue de CCB en Suisse pourrait-elle ouvrir la voie à d’autres établissements? Dans son courrier, Pierre Maudet évoque «les démarches engagées par les autorités genevoises, notamment par [son] Service de la promotion économique, y compris auprès d’autres établissements, dont on ne peut exclure qu’ils emboîtent le pas à CCB, la Suisse étant désormais une place de négoce du renminbi.»