China Haidian a encore 100 millions à dépenser

Horlogerie Corum et Eterna, en mains du groupe chinois, ont fini 2013 dans le rouge

La nouvelle est passée quasi inaperçue, à la veille des vacances horlogères. Mi-juillet, le groupe China Haidian, fraîchement rebaptisé City­champ Watch & Jewellery, a annoncé qu’il avait levé 100 millions de francs suisses, via l’émission d’obligations. Objectif, selon le propriétaire chinois de Corum et Eterna: l’acquisition potentielle de nouvelles sociétés ou marques horlogères.

Aucune transaction n’a été confirmée depuis lors. Et rien ne dit que les cibles du groupe sis à Hong­kong seront forcément helvétiques. Mais deux indices laissent peu de doutes à ce sujet: les millions récoltés cet été sont bel et bien libellés en francs. Et l’émetteur n’est autre que la nouvelle entité suisse du groupe, Citychamp Watch & Jewellery SwissCo, apparue au Registre du commerce à la fin du mois de juin.

Après le rachat d’Eterna pour 23 millions en 2011, celui de Corum en 2013 pour environ 90 millions, puis celui du groupe Dreyfuss en avril pour 41 millions, le groupe chinois aux 370 millions de francs de chiffre d’affaires annuel serait donc prêt à réaliser de nouvelles acquisitions, dans un milieu horloger déjà décontenancé par ses précédentes opérations.

Doutes et méfiance

C’est d’abord son origine qui a suscité la méfiance. «Je manque peut-être d’ouverture, mais je serais beaucoup moins sceptique si le repreneur de Corum avait été un américain», confiait ainsi un fin connaisseur de l’industrie neuchâteloise durant l’été 2013. Mais ces doutes sont aussi alimentés par des faits. Concrètement, par les difficultés du repreneur à redresser Eterna.

En 2013, la marque sise à Granges a fait perdre 183 millions de dollars de Hongkong (HKD), soit 21 millions de francs, à Citychamp. En 2012, la perte nette s’était déjà montée à 8 millions, selon le rapport annuel du groupe. Qui justifie cette déconvenue par les «coûts de développement des nouveaux produits et des mouvements mécaniques», ainsi que des charges liées à la promotion de la marque en Chine, à Hongkong et dans d’autres marchés comme le Brésil, la Colombie et le Mexique. «Eterna devrait atteindre la rentabilité dans quelques années», écrit aussi la direction de Citychamp.

Pour l’heure, le chiffre d’affaires d’Eterna est lui aussi en recul. Il avait atteint 11,5 millions de francs en 2012. Il a baissé à 6 millions l’an dernier. A noter aussi que le réseau de distributeurs, après s’être étoffé d’une quarantaine de points de vente en 2012 (à 294), a été réduit (à 235) l’an dernier.

10% du chiffre d’affaires

Corum, pour sa part, a affiché une perte nette de 7 millions de francs en 2013. Cela est dû, en grande partie, à la réévaluation de stocks au moment de la reprise, explique le groupe. Le chiffre d’affaires de la marque s’est élevé à 40 millions de francs. Soit un peu plus de 10% des revenus du groupe, à qui Corum doit permettre de se positionner dans le segment supérieur. On ne connaît pas l’évolution des ventes, car la marque n’était pas encore entrée dans le giron de Citychamp en 2012.

En avril dernier, soit un an après l’annonce de son rachat, Corum s’était séparé de son patron, Antonio Calce. Depuis, d’autres départs ont eu lieu dans l’entreprise chaux-de-fonnière.