Oubliées, les inquiétudes de l’an passé. La Chine se remettait tout juste de son deuxième krach boursier en six mois et un possible atterrissage brutal de sa croissance hantait tous les esprits. Les Cassandre se sont trompés.

Dimanche matin à Pékin, à l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée populaire nationale (APN), le premier ministre s’est avancé sûr de lui. Les «redoutables défis» ont été surmontés, a-t-il déclaré. Dans le rapport annuel du gouvernement, Li Keqiang a rappelé que le bénéfice des entreprises industriels a augmenté de 8,5%, après un recul de 2,3% en 2015. Et qu’avec un produit intérieur brut en hausse de 6,7%, la Chine a contribué à 30% de la croissance mondiale l’an passé. Un succès obtenu grâce à la «juste direction» du «camarade Xi Jinping», désormais qualifié de «noyau central» du parti communiste, a répété à plusieurs reprises le premier ministre.

La session plénière de l’APN et ses cérémonies réglées au millimètre, y compris le service du thé, dure un peu moins de deux semaines. L’événement est présenté comme majeur même si le parlement chinois n’est en réalité qu’une chambre d’enregistrement. Cette grand-messe est l’occasion de dévoiler des chiffres clés pour l’économie. Il n'est pas question que la croissance devienne un problème car cette assemblée est aussi la dernière réunion avant le congrès du parti communiste cet automne, qui marquera à la fois le début du deuxième mandat du président Xi et le renouvellement d’une série de postes clés à la tête du pays.

+ 6,5%, objectif le plus faible depuis 1990

Pour 2017, Li Keqiang a annoncé une croissance d’«environ 6,5%», soit presque autant que l’an dernier. Le chiffre est proche des attentes des analystes. Ceux d’UBS la prévoient à 6,4%, selon un rapport récent diffusé à Hongkong par la division de gestion de fortune de la banque. Si la Chine veut atteindre son objectif d’une société «modérément prospère» à la fin de la décennie, c’est-à-dire le doublement de son PIB entre 2010 et 2020, elle est mathématiquement tenue de viser une telle croissance. Pour y parvenir à coup sûr, le premier ministre s'est engagé à continuer d'«appliquer une politique budgétaire de relance», notamment dans les infrastructures.

Même s’il est le plus faible depuis 1990, l’objectif d’une croissance de 6,5% reste bien supérieur à ce que la Chine devrait obtenir si elle changeait son modèle économique. Pékin ambitionne de moins dépendre de l’investissement et de davantage utiliser la consommation comme levier de son développement pour atteindre «le rêve du grand renouveau de la nation chinoise», a clamé Li Keqiang en conclusion de son discours. Or un tel changement, de l’avis de nombreux économistes, s’accompagne nécessairement d’un fort ralentissement de la conjoncture, au moins à court terme.

Les risques systémiques «sous contrôle»

Dans ces conditions, Pékin ne peut s’en sortir qu’en achetant la croissance à crédit. «Chaque année, il faut toujours plus de dette pour atteindre cet objectif», analyse Michael Pettis, professeur de finance à l'Université de Pékin, qui anticipe un nouveau bond de l'endettement cette année. La dette chinoise est passée de 160% du PIB au milieu des années 2000 à près de 280% l’an passé. Chaque renminbi de crédit produit de moins en moins d’activité et fragilise la santé financière du pays.

Li Keqiang a pourtant promis que les «risques systémiques étaient sous contrôle». Pour contenir l’envolée des crédits, la PBOC vient d'ailleurs de serrer la vis sur le marché monétaire. Michael Pettis juge que la banque centrale, comme d’autres régulateurs, prend le sujet «au sérieux, mais cela veut juste dire que la dette va continuer à croître ailleurs, dans d’autres secteurs de l’économie». Le professeur de l’Université de Pékin estime que ne la consommation peut encore jouer le rôle de moteur principal de l’économie. Pour l’heure, les Chinois ne disposent pas suffisamment de revenus. Après des années de recul, la consommation des ménages stagne à moins de 40% du PIB depuis 2005. «La croissance économique manque de forces endogènes puissantes», a reconnu Li Keqiang, ajoutant que «la surproduction devient alarmante». Une remarque destinée en particulier aux entreprises publiques qu’il a promis de «fortifier» tout en les «dégraissant».

Enfin, le grand discours de politique générale n’a pas manqué de viser, indirectement, le président américain et ses projets de taxes sur les produits importés de Chine. «La mondialisation économique correspond aux intérêts fondamentaux de tous les pays du monde», a fait valoir Li Keqiang. Selon lui, Pékin souhaite préserver «fermement le rôle essentiel du système de commerce multilatéral» et «nous nous opposerons à toute forme de protectionnisme».

Lire: Cette fois, Pékin veut prendre le leadership


 Emploi, officiellement tout va bien

L’objectif était de 10 millions. Finalement, 13,14 millions de nouveaux emplois ont été créés dans les zones urbaines en 2016 en Chine. Cette année, 11 millions sont espérés.
Le taux de chômage reste proche de 4%, pratiquement inchangé depuis cinq ans. Une étude publiée l’an passé par le cabinet britannique Fathom Consulting donne pourtant à  croire que plus de 12% de la population active chinoise serait sans emploi, trois fois plus qu’en 2012. Le China Labour Bulletin, une ONG hongkongaise qui aide les employés à se défendre, relève que le nombre de conflits dans les entreprises chinoises et les multinationales ne cesse de grandir. Fin 2016, le Bureau international du travail a demandé à la Chine de laisser les défenseurs des ouvriers faire leur travail dans la province du Guangdong.