Redressez la barre au plus vite. Voici en substance le message que martèlent à l’Union européenne (UE) les caciques de Zhongnanhai, le cœur du pouvoir chinois. Depuis des semaines, la deuxième puissance économique du globe exige du Vieux Continent, selon son premier ministre, Wen Jiabao, qu’il adopte au plus vite «des politiques monétaires et budgétaires concrètes et responsables».

La situation européenne, vue de Pékin qui redoute par ricochet un tassement de son économie alors que la production industrielle chinoise vient de chuter à son plus bas niveau depuis trente-deux mois, commence à sérieusement agacer. Pour Zhang Hong, du magazine économique Caixin , l’Union européenne doit trouver une solution avant la fin de l’année et ce pour rapidement «rassurer les marchés». En ce sens, «cette semaine est cruciale», estime-t-il dans une chronique parue mardi. Pour d’autres observateurs chinois, la crise européenne pourrait permettre à la Chine de renforcer son influence sur la scène internationale.

Un partenaire «stratégique»

«On attend des instances européennes des gestes de bonne volonté politique», analysait récemment l’économiste Ding Yifan, directeur adjoint de l’Institut chinois d’études sur le développement mondial à Pékin. En d’autres termes, qu’elles avancent une bonne fois pour toutes sur les questions qui «piétinent». «Notre pays – qui se sent un peu discriminé sur la scène internationale – pourrait ainsi discuter de la question de l’embargo militaire européen (ndlr: en vigueur depuis les événements de Tiananmen en 1989) ou du statut d’économie de marché (ndlr: que lui refuse toujours l’UE)», estime l’économiste.

Une chose reste toutefois acquise: la Chine entend continuer à miser sur la zone euro – «stratégiquement essentielle», selon la presse officielle chinoise –, qu’elle convoite au travers d’investissements massifs (les investissements directs chinois en Europe ont représenté près de 3 milliards de dollars l’année passée, deux fois plus qu’en 2009).

De fait, sur le Vieux Continent, l’Empire du Milieu «pèse de plus en plus lourd et il le sait», rappelle un observateur étranger à Pékin. Une position qui lui permet désormais de faire pression sur Bruxelles, Paris ou Berlin afin d’être mieux représenté dans les grandes institutions internationales. En témoigne cet été la nomination par Christine Lagarde au poste de 4e directeur adjoint du FMI du Shanghaien Zhu Min (ex-numéro 2 de la Banque centrale de Chine). Une nomination qui va enfin permettre, selon l’économiste Sun Lijian, de l’Université Fudan à Shanghai, «aux économies émergentes d’entrer dans le système de prise de décisions du Fonds».