Le Temps: La Suisse négocie un accord de libre-échange avec la Chine. Que cela changerait-il pour les entreprises exportatrices helvétiques, nombre d’entre elles étant déjà bien implantées sur ce marché même sans accord?

Daniel Küng: La concurrence sur les marchés d’exportations mondiaux est très forte. Si la Suisse conclut un accord de libre-échange avec la Chine avant que l’UE n’y parvienne, cela crée une «fenêtre d’opportunité» extrêmement intéressante pour les entreprises suisses. Durant cette période, nos sociétés peuvent se positionner de manière avantageuse en Chine et exploiter cet atout sur le long terme. Ce sera un important avantage comparatif par rapport aux sociétés concurrentes allemandes, françaises ou italiennes.

– Vous avez pris part en juillet à la délégation économique suisse en Chine avec le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. La situation du pays a-t-elle changé depuis votre précédente visite?

– La Chine est chaque fois différente lorsque l’on s’y rend d’une année à l’autre. Le plus grand changement que j’ai pu observer ne concerne pas l’apparence extérieure du pays mais se situe au niveau de la philosophie. La Chine se trouve aujourd’hui au début d’une phase de consolidation. La priorité n’est plus de s’agrandir à tout prix mais plutôt d’optimiser la qualité et de croître d’une façon soutenable. La Chine évolue d’un site de production et d’exportation vers un débouché pour la consommation. Chaque année, entre 20 et 30 millions de personnes sortent de la pauvreté pour rejoindre la classe moyenne, ce qui renforce la demande, aussi pour des produits étrangers.

– Le ralentissement de la croissance en Chine préoccupe-t-il les entreprises que vous contactez?

– D’après les échos que nous recevons des entreprises suisses, ce n’est pas le cas. Bien sûr, un taux de croissance de 8% – le niveau jugé nécessaire pour absorber la masse des personnes qui arrivent sur le marché du travail en Chine – serait préférable à 7%. Mais cela indique aussi qu’après la phase de croissance des dernières années, également due à des programmes de relance massifs, le pays réussit un atterrissage en douceur.

– Les économistes en doutent généralement.

– Je crois que la Chine peut y parvenir. Le pays a un avantage important, celui que son économie est dirigée de manière centralisée. Il est plus facile de réussir un atterrissage en douceur dans ce cadre que si l’on doit coordonner l’action de milliers d’acteurs sans pouvoir imposer quoi que ce soit. A cet égard, le centralisme présente des avantages.