Les autorités financières chinoises font face à un véritable casse-tête

Prêts La banque centrale garde officiellement une attitude «prudente»

En réalité, elle est obligée de soutenir fortement l’activité

Comment rassurer sans créer, à nouveau, une bulle? Comment injecter des liquidités tout en évitant que les banques les utilisent? Et comment libéraliser le système financier sans l’exposer à des risques majeurs? Le casse-tête des régulateurs financiers chinois, et tout particulièrement de la banque centrale (PBOC), est de plus en plus évident.

Officiellement, la doctrine n’a pas changé: le pouvoir a encore répété, la semaine dernière, qu’il visait une politique ni trop accommodante, ni trop restrictive. Pourtant, les mesures prises par Pékin démontrent une volonté de plus en plus nette de stimuler le financement de l’économie, face à un ralentissement qui menace d’exposer la Chine à sa plus faible croissance depuis 1990.

Certes, Pékin répète que ce coup de frein n’a rien d’inquiétant, puisqu’il s’agit d’installer la Chine sur une trajectoire plus «normale» et moins déséquilibrée. Il n’empêche: la banque centrale a procédé à une baisse des taux d’intérêt le 21 novembre et elle a injecté la semaine dernière 400 milliards de yuans (52 milliards d’euros) sur le marché interbancaire. Au mois de septembre, elle avait fait de même, avec, cette fois, 500 milliards de yuans confiés aux cinq plus grandes banques du pays.

A chaque fois, ces liquidités ont été injectées de manière temporaire et, dans le cas de la toute dernière mesure, il n’y a même pas eu de communication officielle: seules des révélations de presse ont permis de connaître cet épisode effectué par l’entremise de la China Development Bank, chargée par Pékin de prêter à ses consœurs les liquidités à sept jours.

La semaine dernière également, on apprenait que la PBOC assouplissait les conditions d’octroi des prêts bancaires. Le quota annuel était fixé à 10 000 milliards de yuans, un niveau sans précédent. Et Pékin se montre désormais plus conciliant dans l’application des normes qui plafonnent théoriquement la capacité de crédit des banques, relativement aux dépôts dont elles disposent.

Pour autant, pas question d’ouvrir grandes les vannes du crédit. Les banques, qui réclament une baisse des taux de réserve qu’elles doivent confier à la banque centrale, n’ont pas obtenu gain de cause à ce stade. Les conditions de financement restent relativement serrées sur le marché interbancaire. Après des années d’emballement financier, la Chine ne peut plus se permettre le crédit facile. Elle doit même se prémunir contre des risques nouveaux. Les autorités s’apprêtent ainsi à établir un fonds destiné à venir en aide aux trusts en difficulté, de même qu’elles tentent d’assainir le marché obligataire, notamment en envisageant de limiter la capacité d’achat des investisseurs individuels vis-à-vis des produits risqués.

Le projet de Pékin est donc d’assainir l’édifice sans le gripper. Mais, à ce stade, non encore libéralisé, le système peine à digérer les décisions administratives qui le frappent et réagit par des mouvements massifs et potentiellement irrationnels.

De plus en plus d’analystes considèrent notamment que les mesures prises par la PBOC pour soutenir le crédit ont largement alimenté l’excessive envolée boursière qu’a connue la place de Shang­hai, les emprunts bancaires étant utilisés par les investisseurs… pour acheter des actions.

Pékin démontre une volonté de plus en plus nette de stimulerle financementde l’économie