La Chine censure le risque de bulle immobilière

Investissements Les médias chinois accusent les pessimistes de rendre le marché anxiogène

Organe du Parti communiste, le Quotidien du Peuple a foi dans les vertus du marché. Le marché immobilier en l’occurrence. Ces derniers mois, celui-là est à la baisse.

Mais, dans un article d’opinion publié le 23 juin, le journal fustige les pessimistes qui y verraient les prémices d’une catas­trophe, surtout lorsqu’ils sont analystes au sein de banques étrangères. Tout juste convient-il que ce marché est «un peu froid» en 2014.

Prendre la température de ce fameux marché qui draine directement de 12 à 16% du PIB chinois n’est pas un exercice évident, surtout depuis que les statisticiens d’Etat ont cessé de publier une moyenne nationale depuis février 2011, jugée trop anxiogène et reflétant mal les disparités.

Il ne reste donc plus qu’à relever, chaque mois, l’évolution des prix sur une liste de 70 villes: ils ont baissé pour les logements neufs dans 35 villes en mai, contre seulement huit en avril. Le journal du parti reconnaît donc qu’une «période d’ajustement» est en cours mais attaque néanmoins les plus alarmistes: «Les remarques pessimistes ont amplifié l’anxiété du marché.»

Il ne manque pas de nommer ces mauvais élèves, économistes de la Société Générale, Morgan Stanley ou UBS. L’un d’eux a par exemple fait valoir que, «si les gouvernements locaux ne parviennent plus à céder de terrains (source d’environ un tiers de leurs revenus), leurs finances seront incertaines».

Pour cette publication du Comité central, la logique de ces «groupes d’intérêt» est limpide: on ne peut exclure qu’ils fassent à dessein grand bruit de ces «ajustements» afin d’affaiblir le marché ou d’obtenir, de la part du gou­vernement, un assouplissement de politique monétaire ou un plan de relance. Ce journal au service de l’Etat-parti a le mérite d’ouvrir une in­terrogation: qui croire? Selon les sources, l’économie chinoise est l’eldorado ou la catastrophe en devenir.

Nouveaux acquéreurs

Un ancien chef économiste d’UBS prophétisait, le 12 mai dans le Financial Times, que, «cette fois-ci, la bulle immobilière chinoise pourrait vraiment éclater», juste avant de rappeler qu’il s’agit là du «secteur le plus important pour l’économie mondiale».

Au contraire, le China Daily, autre porte-voix du gouvernement de Pékin, jugeait fin avril que, même en cas d’éclatement de la bulle, «la chute des prix attirerait de nouveaux acquéreurs dans les grandes villes, menant à une stabilisation du marché».

La gazette du parti est dans le vrai lorsqu’elle souligne que les banques ne sont qu’au service de leurs propres intérêts. Mais Pékin prend le risque de ne pas voir venir le danger en faisant taire les critiques qui pouvaient jusqu’à présent exprimer leurs vues plus librement dans le champ économique.

Le journal de référence de Hong­kong, le South China Morning Post, révélait en février que nombre de rédactions en chef de la presse économique chinoise ont reçu du Département de la propagande l’ordre d’être plus vigilantes sur la sélection des analystes invités à discuter sur la Chine.

La banque centrale s’est, à cette même période, dotée d’un nouveau conseiller. Ma Jun, auparavant chef économiste de la Deut­sche Bank en Chine, était à ce poste bien plus optimiste que la plupart de ses concurrents.