Finance

La Chine championne du monde de la finance verte

Près de la moitié des obligations qui financent des projets en faveur de l’environnement sont émises dans l’Empire du Milieu. Au sommet du G20, Pékin compte faire sortir cette branche de la finance de sa niche

Hangzhou vit déjà au rythme du sommet du G20, qui s’y déroulera les 4 et 5 septembre. Dans l’ancienne capitale chinoise, située au sud de Shanghai, seuls les véhicules autorisés peuvent désormais circuler. Le gouvernement a offert des congés aux habitants, rapporte la presse chinoise. Un industriel français raconte qu’il a été prié, comme tant d’usines de la région, d’arrêter sa production.

Les autorités chinoises organisent pour la première fois la rencontre entre les chefs d’Etat des quelque 20 plus grandes puissances économiques mondiales. Pékin souhaite que rien ne vienne la perturber, et que Hangzhou puisse présenter au monde un grand ciel bleu. Mais le G20 passé, usines et véhicules cracheront de nouveau à plein régime leurs gaz à effet de serre.

Une question de survie

Pourtant, le plus gros pollueur de la planète est loin de rester les bras croisés face aux problèmes environnementaux. «C’est pour eux une question de survie», justifie Jean-Pierre Lehmann, professeur émérite à l’IMD et actuellement invité à l’Université de Hongkong. Et la Chine de miser sur la finance verte, un marché qu’elle domine. La Climate Bonds Initiative (CBI), lancée par des acteurs privés, comme HSBC, et publics, dont la Suisse, estime que près de 40% de ces obligations sont chinoises. Les Etats-Unis se classent au deuxième rang (16%). L’autre grande nation émergente, l’Inde, ne pèse que 2% du marché.

L’encours des obligations vertes représente 694 milliards de dollars, selon un rapport de la CBI sorti le mois dernier. Soit une hausse de près de 20% en un an. Avec l’appui de sa banque centrale (PBOC), la Chine doit en émettre pour 46 milliards cette année, comme le prévoit son treizième plan quinquennal, adopté ce printemps.

Xi Jinping a poussé pour faire de la finance verte un des thèmes majeurs du G20. La Suisse, qui reste exclue du club, a cependant pu participer à des séances consacrées à ce sujet. «La présidence chinoise a incontestablement joué un rôle très positif, souligne Christophe Nijdam, secrétaire général de Finance Watch, une ONG installée à Bruxelles. La Chine a pu s’appuyer sur un momentum plus large» qui a vu récemment plusieurs grandes institutions internationales lancer des initiatives importantes. L’ONU pousse aussi dans ce sens, comme l’a redit la semaine passée son nouveau président. «L’Europe est à la traîne», regrette le responsable de Finance Watch.

Un coût de 3000 milliards de dollars

Christophe Nijdam n’est pas surpris que la Chine soit devenue le premier émetteur au monde d’obligations vertes. Le pays «fait face à une crise de pollution majeure et a compris que le système financier est un rouage essentiel dans la transition vers une économie «décarbonée», analyse-t-il.

Le marché n’en est qu’à ses débuts. Ce printemps, lors de la réunion du FMI et de la Banque mondiale, le gouverneur de la PBOC a déclaré que la finance verte était une «priorité stratégique». Il estime que le coût pour assainir l’environnement en Chine sera de plus de 600 milliards de dollars par an, pendant les cinq prochaines années, au moins.

D’où viendra l’argent? A 85% de fonds privés, espèrent les autorités chinoises. Pour l’heure, China Railway Corporation est d’ailleurs le plus grand émetteur (194 milliards de dollars). Pékin compte aussi sur les fonds étrangers et leur ouvre progressivement les portes de son marché des capitaux.

La finance verte représente cependant moins de 1% du marché mondial des obligations, valorisé à quelque 80 000 milliards de dollars. Pour la développer, Xi Jinping souhaite impliquer le G20. Une suite logique à son soutien à l’accord trouvé lors de la conférence de Paris sur le climat, fin 2015.

La «verdeur» du système en cause

«La Chine a fait beaucoup d’efforts pour préparer le sommet, comme j’ai pu le constater dans des réunions préparatoires, explique Jean-Pierre Lehmann. Ils sont à la recherche d’idées. Demandez à des responsables chinois de parler des droits humains, ils vous tourneront le dos. Mais abordez l’environnement et ils participeront à la discussion.»

Xi Jinping parviendra-t-il à susciter l’intérêt de Barack Obama, en fin de mandat, ou des Européens, occupés par le Brexit? «C’est la question clé, et malheureusement la réponse est non», tranche Christophe Nijdam. Car le débat est «mal posé: l’enjeu n’est pas de faire croître une niche de finance verte mais de transformer le système financier pour le remettre au service de l’économie et de la transition énergétique en particulier.»

Sans oublier que, «en l’absence d’un référentiel international robuste et contraignant, c’est la crédibilité (la «verdeur») de l’ensemble des obligations vertes qui est en cause», avertit Christophe Nijdam.


Moins de contrôle sur le yuan

Depuis le krach boursier de l’an passé et la dépréciation de la devise, après une nouvelle politique de taux de change, les autorités chinoises ont redoublé d’efforts pour calmer les marchés. Des efforts qui leur ont permis, il y a deux semaines, de donner le feu vert au lien longtemps repoussé entre les bourses de Hongkong et Shenzhen. Le lien avec celle de Shanghai a lui été élargi. En particulier, le quota total de transactions possibles en yuans a été supprimé. Les autorités chinoises «n’ont donc pas seulement pris une décision concernant le marché des actions, décrypte Vincent Chan, responsable de la recherche pour la Chine chez Credit Suisse à Hongkong. Avec la fin de ce quota, l’internationalisation du renminbi continue aussi.» Pour Vincent Chan, Pékin est désormais «prêt à accepter plus de volatilité sur le marché des changes. Il faut dire que les sorties de fonds se sont calmées. Rappelez-vous qu’entre août 2015 et janvier dernier, les capitaux n’ont pas arrêté de quitter la Chine, parfois au rythme de 100 milliards de dollars par mois.» Au G20, Pékin pourra donc faire valoir que la Chine joue le jeu de l’ouverture. Cela tombe d’autant mieux que le 1er octobre, le renminbi rejoindra le panier des monnaies de réserve (DTS) du Fonds monétaire international, à côté du dollar, de l’euro, de la livre et du yen, une intégration annoncée fin 2015. La Banque mondiale devrait d’ailleurs émettre cette semaine la première obligation en DTS en Chine.

(Frédéric Lelièvre)

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