Dans l’ensemble, l’horlogerie poursuit sur sa lancée. Après l’accélération en septembre, les exportations à l’étranger ont cependant ralenti en octobre, avec une hausse de 1% au regard du même mois de l’année précédente. Cela n’en constitue pas moins une valeur record de 2,16 milliards de francs, s’est réjoui jeudi la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH). A y regarder de plus près, deux bémols majeurs doivent néanmoins être apportés.

D’abord, la Chine continentale constitue toujours et encore un facteur d’inquiétude et les premières preuves tangibles d’un éventuel rebond peinent à se manifester. Ainsi, l’Empire du Milieu, troisième marché d’exportations pour les montres suisses et encore il y a peu l’eldorado des horlogers, s’inscrit toujours dans le rouge. Le recul s’est même accéléré par rapport à septembre. Pour la période sous revue, il s’est inscrit à -9%, contre -3% un mois plus tôt. Une baisse nettement moins forte qu’en début d’année, relativise cependant la FH.

Il n’empêche. Car, sur les dix premiers mois de l’année, le pays affiche toujours une régression, de 13,9%. Et de 9,8% par rapport à la même période de 2011. Les raisons en sont, dans les grandes lignes, connues. Le nouveau gouvernement a mis en place des mesures de lutte contre les cadeaux de la corruption et tente de moraliser la vie publique. Une chasse aux sorcières qui semble avoir des effets plus durables et profonds que ne l’admettaient jusqu’ici les horlogers. La décrue pour les horlogers suisses touche en particulier le segment des montres de prestige.

Ventes à la peine à Paris

De plus, il semble que la frénésie d’achat des Chinois à l’étranger s’étiole de manière concomitante. Les dernières statistiques des Galeries Lafayette et du Printemps à Paris, relayées par Challenges.fr, font état d’un net décrochage en septembre des ventes des marques d’horlogerie de luxe. Exemple: sur les 24 griffes qui sont présentes aux Galeries Lafayette, 18 ont vu leurs ventes reculer. Une retenue, pour ne pas dire frilosité, qui s’observe aussi dans les données de la FH. Les exportations en direction de la France ont ainsi reculé de 13,4% depuis le début de l’année.

Ensuite, la hausse globale des exportations est toute relative. Certes, sa timidité peut s’expliquer par un effet de base, en l’occurrence le bond de 14% affiché en octobre 2012, mais en termes réels, soit corrigées de l’inflation, les exportations n’ont progressé que de 0,1%.

Pourtant, ces données n’altèrent en rien l’optimisme des experts. Jean-Christophe Babin, patron de Bulgari, anticipe une hausse des exportations de 5 à 10% pour l’ensemble de l’industrie l’an prochain. Plusieurs analystes sont du même avis. Vontobel prévoit une progression de 6 à 8% en 2014, Kepler Chevreux de 7 à 8% et Citi évoque pour sa part une amélioration de l’ordre de 8%. Nick Hayek, patron de Swatch Group, estime que son entreprise dispose d’un potentiel de croissance à deux chiffres pour 2014.