Les innovateurs chinois ont battu un nouveau record. En 2015, ils ont déposé plus d’un million de demandes de brevets auprès de l’office national chinois. Cela représente une hausse de 18,7%. «C’est extraordinaire», a commenté mercredi Francis Gurry, le directeur de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) en présentant le rapport annuel sur les indicateurs mondiaux relatifs à la propriété intellectuelle.

La Chine comptabilise aussi le plus de demandes pour l’enregistrement de marques, de dessins et de modèles industriels. Les domaines les plus dynamiques sont l’informatique, les machines électriques et les communications numériques.

Croissance en trompe-l’œil

«A elle seule, la Chine compte plus de demandes de brevets que les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud réunis, les trois pays qui suivent la Chine au classement», poursuit Carsten Fink, l’économiste en chef de l’OMPI. Mais les innovateurs établis aux Etats-Unis ont déposé cinq fois plus de demandes de brevets internationaux que ceux installés en Chine, soit près de 238 000 demandes contre 42 000.

Comment expliquer ce paradoxe, alors que l’économie chinoise est tournée vers l’exportation? «La Chine veut faire de l’innovation un élément central de son économie. Passer du «made in China» (fabriqué en Chine) au «created in China» (créé en Chine)», explique Francis Gurry. En clair, l’Empire du milieu ne veut plus se contenter d’être l’atelier du monde. Pour l’instant, les exportations chinoises reflètent les activités traditionnelles de la Chine développées ces 30 dernières années, soit la fabrication de produits conçus à l’étranger.

«Si la Chine reste le moteur de la croissance mondiale, l’utilisation de la propriété intellectuelle a augmenté dans la plupart des pays en 2015, ce qui témoigne de son importance croissante dans une économie du savoir mondialisé», se réjouit Francis Gurry. L’an dernier, les innovateurs du monde entier ont déposé 2,9 millions de demandes de brevet, soit une hausse de 7,8% par rapport à 2014. Mais cette croissance est en trompe-l’œil, puisque sans les demandes chinoises, elle ne serait que de 1,9%.

Et en Suisse?

En 2015, 1923 demandes de brevets ont été déposées en Suisse, contre 2048 l’année précédente. Mais les entreprises et les écoles polytechniques fédérales helvétiques ont été beaucoup plus actives à l’étranger avec plus de 44 000 demandes, principalement en Europe, aux Etats-Unis et en Chine. Les sociétés ABB, Nestlé et Novartis ont été les plus dynamiques. Au niveau mondial, ce sont les entreprises japonaises Panasonic, Canon et Toyota ainsi que la société sud-coréenne Samsung qui mènent le bal.

Selon les estimations de l’OMPI, les Etats-Unis détiennent toujours près d’un quart des brevets en vigueur dans le monde, suivis du Japon et de la Chine. En revanche, la part des pays les plus pauvres est toujours aussi insignifiante. «Les avancées technologiques se répartissent de façon très inégale», déplore Francis Gurry.

L’Australien ne croit pas que l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche ébranlera le rôle des Etats-Unis en tant que leader de l’innovation. Les demandes de brevets internationaux dépendent toutefois de la vigueur du commerce mondial et le futur président vient d’annoncer un virage protectionniste, en promettant de se retirer du traité commercial transpacifique (TPP) dès le premier jour de son mandat. «Je ne crois pas que le sort d’un seul accord peut avoir un impact global», assure Francis Gurry.