Exportations

La Chine, eldorado pour la pharma suisse

Les ventes de produits pharmaceutiques en Chine ont progressé sans discontinuer depuis 2011 alors que la stabilité règne dans les autres catégories de produits, par exemple l’horlogerie. Explications

Les entreprises pharmaceutiques suisses semblent tirer profit du marché chinois. En 2016, leurs exportations dans le pays ont atteint 4,1 milliards de francs, en hausse de 31% par rapport à 2015, selon les chiffres de l’Administration fédérale des douanes. Une croissance entamée il y a plusieurs années déjà: les ventes ont été multipliées par quatre depuis 2010. En 2013, la pharma a même dépassé l’horlogerie, traditionnel vaisseau amiral de l’économie helvétique en Chine.

Cette inversion des courbes s’explique en premier lieu par la vigueur de la demande de médicaments en Chine. «En valeur, il s’agit depuis 2012 du deuxième marché mondial derrière les Etats-Unis, avec une hausse moyenne d’environ 12% sur les six dernières années, note Agathe Bouché Berton, analyste à la banque Bordier. La réforme du système de santé, qui a entraîné une amélioration de l’accès aux soins, et le développement des infrastructures hospitalières expliquent cette progression.»

Demande en hausse

Le vieillissement de la population et la hausse du nombre de cas de diabète, de cancers et de maladies cardiovasculaire représentent aussi des facteurs importants. Il faut encore ajouter que la capacité financière de la population à s’offrir certains traitements progresse et que la Chine développe peu de médicaments elle-même, ce qui l’oblige à se reposer sur les entreprises étrangères.

L’image positive dont jouit la Suisse contribue à cette situation. «Face aux doutes de la population concernant la qualité de certains produits pharmaceutiques et de nutrition, les médicaments suisses inspirent confiance», analyse Christophe Weber, de la Chambre de commerce Suisse-Chine.

Frugalité

Quant à l’accord de libre-échange conclu en 2014, la faîtière Interpharma juge ses effets «certainement positifs, même s’ils sont difficiles à chiffrer». Elle estime toutefois qu’il existe encore un grand potentiel d’amélioration. Car le marché chinois, devenu incontournable, n’en reste pas moins un vrai défi pour les entreprises étrangères, notamment en raison de règles d’accès complexes et d’un système de distribution – les médicaments sont délivrés quasi exclusivement par les hôpitaux – peu transparent et miné par la corruption.

A l’inverse de la pharma, l’horlogerie enregistre un recul de ses exportations depuis 2013. Les montres suisses ont longtemps été l’objet de collection préféré des riches Chinois. «Aujourd’hui, elles souffrent des mesures anticorruption instaurées en 2013, mais aussi du fait que le gouvernement prône une certaine frugalité à tous les niveaux, explique Nicolas Musy, de Swiss Centers China, une organisation qui aide les sociétés suisses à entrer sur les marchés asiatiques. Cette volonté de montrer un Etat responsable déteint sur le milieu des affaires, où le show off a moins la cote, et, par une sorte d’effet domino, sur la population en général.»

Perspectives excellentes

La bonne fortune des pharmas suisses en Chine se poursuivra-t-elle ces prochaines années? Malgré le ralentissement annoncé – le rythme de croissance annuel du marché est estimé entre 5 et 7% jusqu’en 2020 –, «les perspectives restent excellentes, estime Nicolas Musy. La demande est là et les relations entre la Suisse et la Chine sont au beau fixe, un avantage dans un pays où politique et affaires sont intimement liés.»

Autre bonne nouvelle, l’administration chinoise a annoncé en début d’année une facilitation des procédures d’homologation de nouveaux produits. L’obligation de mener des essais cliniques locaux est ainsi vouée à disparaître.

Signe de l’importance du marché chinois, Novartis a inauguré l’année dernière à Shanghai un centre de recherche et de développement devisé à un milliard de dollars. «Cela va lui permettre de développer localement des traitements contre des pathologies qui touchent particulièrement les populations asiatiques, par exemple certaines maladies du foie», conclut Nicolas Musy.

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