En 2011, les exportations suisses vers la Chine, qui s’élevaient 8,4 milliards de francs, ont progressé de 19%. «En 2012, hormis les machines-outils, je ne vois pas d’autres secteurs subir de conséquences significatives liées au ralentissement de la croissance chinoise, estime Kilian Reber, analyste chez UBS. Dans le tourisme, il n’y aura pas de baisse d’arrivées. Les Chinois sont de plus en plus nombreux à vouloir visiter la Suisse, ce qui compense une éventuelle baisse du pouvoir d’achat d’une partie de la population. Les exportations du luxe et de la pharma continueront à croître.»

UBS privilégie le scénario d’un atterrissage en douceur à celui d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise en 2012. «Ce serait catastrophique si le taux de croissance descendait au-dessous de 6%. Selon nos prévisions, poursuit l’analyste, il sera de 8,5%. Nous sommes plus optimistes que les autorités chinoises, qui tablent sur 7,5%.» Kilian Reber exclut une descente aux enfers car Pékin a une marge de manœuvre pour éviter le pire. Ses cartouches: la possibilité de baisser les taux d’intérêt; les moyens pour investir dans un nouveau plan de relance économique et pour augmenter les dépenses sociales. «Nous partons du principe que 2012 offre un contexte stable pour les exportations suisses», conclut-il.

Associé chez Bordier & Cie, Michel Juvet est plus dubitatif. «Le ralentissement ne fait pas de doute et des entreprises comme Otis (ascenseurs) et BHP (minerais) viennent de confirmer la baisse des commandes. La consommation d’énergie a aussi été nettement inférieure en janvier et février par rapport à celle des deux mois précédents. Ce qui signifie que la construction et l’activité industrielle sont en panne. Il est évident que les entreprises qui ont profité de la croissance vont maintenant souffrir du ralentissement.» Par-dessus tout, il ne cache pas sa crainte que la situation soit pire que ce que montrent les statistiques chinoises. Il fait remarquer que Pékin contrôle le taux de change de sa devise et que les pressions spéculatives ont créé une bulle bancaire et immobilière. Michel Juvet rappelle que le taux de croissance chinoise a presque doublé de 2009 à 2010 pour passer de 6,5% à 12%. Pour 2012, il anticipe 7 à 8%.

Le banquier privé s’intéresse toutefois davantage aux réponses que la Chine doit apporter pour assurer sa croissance à long terme. «Il est clair que Pékin doit changer de modèle économique et dépendre davantage de son marché intérieur que des exportations. La Chine doit donner un coup de fouet à la consommation sans pour autant favoriser les produits chinois ou asiatiques. Dans un tel cas de figure, les exportateurs américains et européens seraient les grands perdants.»

Un marché à risque

Dans une étude présentée début mars, CH-ina, centre d’information et de liaison d’entreprises suisses en Chine, affirme que le ralentissement chinois est la deuxième préoccupation, derrière les coûts croissants de la main-d’œuvre.

Aux Etats-Unis, ces mêmes craintes ont été exprimées dans un récent sondage. Les résultats montrent que près d’un exportateur sur deux (46%) de matières premières, de produits manufacturés et de services considère la Chine comme un marché à risque, contre seulement 31% il y a une année.