Entre juillet et septembre, l’administration de Donald Trump a imposé des taxes sur 250 milliards de dollars de biens en provenance de Chine. Dans l’Empire du Milieu, cette guerre commerciale sans précédent produit ses premiers effets. En août, la croissance des profits dans le secteur industriel a ralenti, s’établissant à 6%, contre 16,2% un mois plus tôt.

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L’index Caixin/Markit, qui mesure la croissance auprès des usines chinoises, est passé de 50,6 à 50 entre août et septembre, sa première chute depuis mai 2017. Le chiffre 50 marque la limite entre une progression et une contraction. Les nouvelles commandes ont quant à elles ralenti, passant sous la barre des 50 pour s’établir à 48, selon un autre index publié par le Bureau national de la statistique.

Croissance chinoise ralentie

Et ce n’est que le début. «Ces tarifs vont probablement faire perdre 0,5% au produit intérieur brut (PIB) chinois, estime Lawrence Lau, un économiste à l’Université chinoise de Hongkong. Si on inclut les effets indirects, la baisse pourrait atteindre 1,1%.» La banque chinoise CICC a de son côté calculé que la croissance des entreprises chinoises n’atteindra que 10 à 14% sur les douze prochains mois, bien moins que les 16 à 28% initialement prévus.

Les firmes étrangères basées en Chine seront les plus durement touchées. «Quelque 60% des biens chinois exportés aux Etats-Unis sont en fait fabriqués par des groupes étrangers», relève Martin Chorzempa, du Peterson Institute for International Economics.

Il faut dire que les multinationales qui possèdent une partie de leur chaîne de production en Chine se feront taxer deux fois: sur l’importation des matières premières entrant dans la composition de leurs produits, puis à nouveau lorsque ces derniers sont exportés aux Etats-Unis. L’américain Ford a d’ores et déjà annoncé qu’il renonçait à commercialiser sur sol américain son modèle Focus Active, un petit véhicule fabriqué en Chine.

Composants électroniques frappés

Les régions abritant une vaste industrie d’exportation, comme la province du Guangdong, au cœur du Delta de la rivière des perles, seront aussi très affectées, estime Lawrence Lau.

Quant aux secteurs les plus touchés, l’industrie des composants électroniques arrive en tête de toutes les estimations. «Les fabricants de semi-conducteurs, qui exportent majoritairement aux Etats-Unis, vont particulièrement souffrir», juge Iris Pang, une économiste chargée de la Chine élargie auprès de la banque ING. Les usines produisant des automobiles, du textile ou des chaussures pour des marques étrangères vont également subir l’impact des tarifs de plein fouet, d’après elle.

Parmi les autres industries affectées figurent les producteurs de métaux, de caoutchouc, de plastique, de machines, de matériel médical, de meubles et de biens alimentaires. A titre d’exemple, l’entreprise Yantai China Pet Foods, qui réalise 30% de ses revenus aux Etats-Unis, s’attend à voir son rendement passer de 16,5% en 2017 à 13,2% cette année à cause des tarifs. Lorsque ceux-ci seront relevés à 25%, à partir de janvier 2019, son rendement atteindra à peine 4,6%.

Mesures étatiques

Soucieux d’éviter une détérioration de son économie, le gouvernement chinois a introduit une série de mesures pour adoucir l’effet des tarifs. «L’argent récolté grâce aux taxes décrétées par Pékin sur les biens américains sera redistribué aux entreprises en difficulté», note Iris Pang. Au 1er novembre, 1585 produits – notamment des machines, du textile, du papier et des matériaux de construction – verront leurs taxes à l’importation réduites, afin de diminuer les coûts de production des entreprises chinoises. «Et les banques recevront des rabais fiscaux si elles prêtent aux PME», complète l’économiste.

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Signe de leur nervosité, les autorités chinoises ont même revu à la baisse les ambitieuses mesures antipollution annoncées l’an dernier. Les industries lourdes situées dans la région entourant Pékin ne devront plus baisser leurs émissions de particules fines que de 3%, contre 15% durant l’hiver dernier.


La pharma et l’alimentaire suisse trinquent

Les sociétés suisses basées en Chine les plus affectées par la guerre des tarifs sont celles qui opèrent dans le secteur agroalimentaire ou pharmaceutique. «Le prix des composants de certains de leurs produits a augmenté, surtout lorsque ceux-ci proviennent des Etats-Unis», indique Yves Reymond, conseiller économique à l’ambassade de Suisse à Pékin.

Nestlé, Roche et Novartis sont en première ligne. L’effet psychologique de la guerre commerciale fait également des dégâts. Nicolas Musy, le directeur du groupe de décolletage LX Precision, qui produit en Chine, a enregistré une forte baisse de ses commandes en provenance des Etats-Unis à partir du mois de juin, alors même que ses biens ne sont pas soumis aux tarifs.

L’industrie des machines, qui comprend de nombreuses PME helvétiques, va quant à elle souffrir par ricochet: ses clients fabriquent souvent des biens destinés à l’exportation.

D’autres secteurs pourraient en revanche être épargnés. «Presque tout l’équipement médical fabriqué par des entreprises suisses en Chine est destiné au marché domestique», relève Yves Reymond.