D’un point de vue géographique, le dernier rapport sur la richesse mondiale publié jeudi par Capgemini marque un tournant. Pour la première fois, le nombre de «high net worth individuals» ou HNWI – soit les personnes détenant une fortune pouvant être investie supérieure à 1 million de dollars, hors résidence principale – provenant de l’Asie-Pacifique (5,1 millions d’individus, hausse de 9,4%) a dépassé ceux d’Amérique du Nord (4,8 millions, +2%), a indiqué le «World Wealth Report 2016» publié jeudi matin par la société de conseil Capgemini. En Europe, le nombre de millionnaires en dollars a crû de 4,8% pour s’établir à 4,2 millions d’individus. En revanche, il a reculé en Amérique latine (0,5 million, -2,2%), alors qu’il a stagné au Moyen-Orient (0,6 million, + 0,1%).

Bond de 16% des millionnaires chinois

Le Japon et la Chine sont les deux pays où ont été dénombré le plus de nouveaux millionnaires l’an dernier. Ces deux nations ont contribué à hauteur de 60% à la croissance globale du nombre des «HNWI» l’an dernier, met en perspective la société de conseil. Au Japon, la progression de 11% du nombre de millionnaires à 2,72 millions d’individus s’explique en bonne partie par les effets de change, compte tenu de la force du yen, ainsi que par la performance favorable des marchés des actions l’an dernier. Placée juste après l’Allemagne, qui comptait près de 1,2 million de millionnaires (+5%) en 2015, la Chine a, elle, vu le nombre de ses «HNWI» bondir de 16% l’an dernier pour s’établir à 1,03 million d’individus.

Lire aussi: Le nombre de millionnaires augmente encore en Asie-Pacifique

N’est-ce pas étonnant compte tenu du ralentissement observé de l’économie chinoise? Tobias Wolf, directeur du secteur de la gestion de fortune en Suisse chez Capgemini Consulting, ne s’en étonne pas. Il rappelle que les taux de croissance observés en Chine restent très supérieurs à ceux de l’Amérique du Nord ou de l’Europe. Malgré l’impressionnante progression de la richesse en Asie, les Etats-Unis ont continué d’abriter le plus grand nombre de millionnaires l’an dernier (4,46 millions d’individus, +2%). Par catégories d’individus, les hommes (57%) sont toujours largement plus représentés que les femmes (43%).

Croissance modérée en Suisse

En Suisse, quelque 358 400 millionnaires en dollars ont été dénombrés en 2015, en hausse de 4,5% sur un an, soit une croissance un peu inférieure à celle observée en Europe. L’étude fournit aussi des indications sur les préférences en matière d’investissement des riches suisses. Ils ont accru la part de leur portefeuille investie en actions et dans l’immobilier mais réduit celle en cash. Les millionnaires suisses sont davantage enclins à investir dans les placements alternatifs (16% de leur portefeuille), comme les hedge funds et le private equity, qu’ailleurs en Europe. La part de leurs avoirs placée dans l’immobilier (21,1%) est légèrement moins élevée que la moyenne européenne.

Les solutions fintech séduisent les très riches

Selon le rapport de Capgemini, la confiance des «HNWI» envers les gérants de fortune s’est améliorée l’an dernier. Malgré leur confiance accrue, ils confient toutefois moins d’un tiers du total de leurs avoirs à des gérants de fortune. La révolution numérique n’est pas restée sans effet sur les millionnaires, qui sont toujours plus enclins à utiliser les nouvelles solutions proposées par les sociétés actives dans les technologies financières («fintech»).

Lire aussi: Plongée dans le monde des «conseillers robots»

Ainsi, plus des deux tiers (66,9%) des millionnaires sur le plan mondial se disaient en 2015 intéressés aux services de conseil automatisées, à l’exemple des robots-conseillers, comparé à 48,6% un an plus tôt. De même, près de la moitié des «HNWI» déclaraient utiliser des plateformes en ligne de paire à paire au moins une fois par semaine pour trouver des idées d’investissement.

Les gérants sont à la traîne

Le rapport fait état d’un décalage important entre la vision des très riches par rapport à celle des gérants de fortune. Ainsi, alors que plus des deux tiers des «HNWI» sondés sont intéressés à utiliser des services de conseil automatisés, seuls 30,5% des gérants de fortune pensaient que leurs clients seraient disposés à voir une partie de leur argent être gérée de manière automatisée. «Les clients fortunés sont toujours davantage disposés à utiliser des outils numériques dans le cadre de la gestion de leurs avoirs», constate Tobias Wolf. Il observe aussi qu’un nombre croissant de banques sont intéressées à intégrer des solutions mises à disposition par des tiers, par exemple des outils qui permettent d’avoir une vue de l’ensemble des placements et des avoirs des clients, afin d’optimiser l’offre de placement qu’ils proposent à leur clientèle.