Obligations

La Chine et le Japon se détournent de la dette américaine

Pour la première fois depuis 2001, les créanciers internationaux des Etats-Unis ont davantage vendu qu’acheté des obligations souveraines en 2016. Les investisseurs locaux compensent

Donald Trump croit aux dictons. Surtout le suivant: si vous devez 100 dollars à une banque, vous avez un problème. Mais si vous lui devez 100 millions de dollars, c’est elle qui a un problème. Il a appliqué la même logique aux créanciers de l’Amérique, estimant lors de la campagne présidentielle que le pays avait un pouvoir «énorme» sur la Chine et le Japon, ses deux plus importants créanciers étrangers.

Or, depuis, les deux pays se sont mis à vendre la dette souveraine américaine qu’ils détiennent. Plus que les propos du nouveau président, d’autres facteurs expliquent néanmoins cette tendance, qui prend de l’ampleur, surtout pour la Chine.

La Chine a réduit ses obligations souveraines, au plus bas depuis sept ans

Selon les derniers chiffres disponibles du Trésor américain, Pékin détenait 1049,3 milliards de dollars d’obligations souveraines, à fin novembre. Un an plus tôt, elle en comptait 1264,5 milliards. Soit près de 20% de baisse en douze mois et le niveau le plus bas depuis sept ans. Un recul qui va de pair avec une réduction des réserves de change de la banque centrale chinoise. En deux ans, ces dernières ont chuté de 25% à 3000 milliards de dollars, selon les chiffres de fin janvier.

Jusqu’à fin novembre, les Chinois semblaient les plus pressés de vendre des obligations américaines. Mais depuis, les Japonais ont suivi la même tendance. Redevenus créanciers numéro un de l’Amérique l’an dernier, ils ont eux aussi réduit leurs positions. Selon des chiffres du ministère japonais des Finances relayés par Bloomberg, les investisseurs de ce pays, y compris privés, ont retiré un montant net de 21,3 milliards de dollars en décembre, soit le deuxième mois consécutif de sorties de fonds. «A mesure que les rendements souverains des autres économies majeures reviennent en territoire positif, il y a moins de motivation à chercher du rendement ailleurs», explique Gianni Pugliese, analyste à la banque Mirabaud.

Une demande moins globale et plus locale

L’expert confirme que «la provenance géographique des acheteurs de bons du Trésor américain est en train de changer». La demande passe de «globale à locale». Pour la première fois depuis 2001, les créanciers internationaux des Etats-Unis ont davantage vendu qu’acheté des obligations souveraines en 2016. Dans le même temps, les investisseurs locaux (caisses de pension, assurances, banques et fonds de placement) en ont acheté davantage que ces dernières années.

Avec 2463,4 milliards de dollars, en hausse de 140% en cinq ans, c’est la Réserve fédérale américaine qui est le plus important détenteur de la dette souveraine du pays. Dans ce contexte, le scénario «inquiétant» existe: «Une baisse de la demande de «Treasuries» aggravée par la hausse de l’endettement suite aux plans de relance de Donald Trump. Le tout au moment où la Fed appliquerait des mesures pour rétrécir son bilan», explique Gianni Pugliese.

De son côté, la Suisse a aussi réduit son portefeuille en fin d’année. A fin novembre, elle comptait encore 229,5 milliards d’emprunts américains, soit toujours plus du double d’il y a cinq ans.

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