La cérémonie promet d’être suivie de près par l’intégralité des médias chinois. Le premier ministre chinois Li Keqiang doit procéder, ce dimanche, à l’inauguration, à Shanghai, d’une zone de libre-échange dans laquelle il a investi une grande partie de son capital politique. Bien que les contours de ce projet soient encore relativement flous, son objectif, lui, est clair: il s’agit de créer, dans la capitale économique chinoise, un territoire d’un peu plus de 28 kilomètres carrés sur lequel le fonctionnement de l’économie devra tendre vers une libéralisation aussi poussée que possible. Compte tenu du contexte chinois, ce qui se joue à Shanghai concerne en réalité tout l’avenir de la deuxième économie chinoise. Car depuis trente-cinq ans, le pays avance sur le chemin des réformes en appliquant le principe cher à Deng Xiaoping qui veut que l’on «traverse la rivière en tâtant les pierres». Une façon de dire que chaque étape doit se faire avec prudence – donc localement – avant d’être entérinée et généralisée.

La zone de libre-échange qui doit être inaugurée ce dimanche est l’aboutissement d’un projet déjà entrevu en 2006 lorsque Hu Jintao, alors président, avait annoncé sa volonté de faire de Shanghai un centre mondial pour le commerce, l’économie et la finance. Mais elle s’est singulièrement accélérée ces derniers mois: en mars, Li Keqiang en fixe les grandes lignes. En juin, un centre de recherches sur ce thème est créé. Et fin septembre, elle est inaugurée.

En quoi consistera, concrètement, cette zone pilote? Comme l’explique un bon connaisseur, «la destination finale est connue, mais le chemin est encore très incertain». Il est prévu, en théorie, d’établir 98 règles spécifiques à cette zone, dont 54 entreront en vigueur dès le début, tandis que les autres devront être mises en œuvre avant la fin de l’année, selon le site internet chinois Caixin.

Trois piliers sont concernés. D’une part, il s’agit de renforcer le port de Shanghai et d’aller concurrencer frontalement Hong­kong ou Singapour, en les attaquant sur leur propre terrain de jeu: fiscalité faible et transparence des procédures. La même politique devra s’appliquer au secteur des services, où les groupes étrangers sont appelés à venir se positionner dans un environnement juridique censé leur permettre de jouer à égalité avec les sociétés chinoises. Le but étant d’autoriser la concurrence sur un maximum de secteurs d’activité, en restreignant autant que possible le champ des domaines définis comme stratégiques et réservés aux groupes nationaux.

Enfin, il s’agit de tester les grandes réformes financières auxquelles la Chine sait désormais qu’elle ne peut pas couper. Là encore, ni le rythme de mise en œuvre, ni la liste exacte des réformes ne sont établis. Mais les grandes lignes sont connues: d’une part, libéraliser le secteur bancaire, en autorisant notamment une réelle concurrence sur la collecte de l’épargne – ce qui implique de laisser les banques pratiquer les taux qu’elles souhaitent sur la rémunération des dépôts. Plusieurs banques étrangères sont déjà sur les rangs pour participer à l’aventure, parmi lesquelles figurent HSBC, Standard Chartered et Bank of East Asia. Et d’autre part, il s’agit de tester peu à peu l’ouverture du compte de capital. En clair: faire tomber une partie de la barrière qui empêche toujours largement, aujourd’hui, le yuan chinois d’entrer ou de sortir du territoire national.

«La destination finale est connue, mais le chemin est encore très incertain»