La Chine laisse une entreprise faire faillite

Dettes Une société chinoise n’a pu honorer une échéance de remboursement obligataire

Cette fois, c’est fait. Pour la première fois en Chine, une entreprise ayant levé des fonds via une émission obligataire vient de s’avouer incapable d’honorer une échéance de remboursement. Chaori, un fabricant d’équipements pour l’industrie solaire, a confirmé vendredi qu’il ne pourrait rembourser que 5% des 89,8 millions de yuans d’intérêts qu’il doit à ses créditeurs. Chaori a justifié son incapacité à rembourser par la raréfaction du crédit et l’impossibilité qui en découle de lever de nouveaux financements. Une façon de confirmer que la société était dans une logique de «roll-over», remboursant ses emprunts en accumulant de nouvelles dettes.

Ce défaut de paiement a toutes les chances de marquer un tournant dans l’histoire économique de la Chine. Il intervient en effet dans une période où les inquiétudes s’accumulent au sujet de l’endettement du pays. Profitant des années de crédit facile, les entreprises, mais aussi les gouvernements locaux, se sont endettés dans des proportions qui semblent désormais excessives. Toutes les estimations pointent aujourd’hui un endettement global (privé et public) supérieur à 200% du PIB. La dette cumulée des entreprises pourrait s’élever à 13 800 milliards de dollars à la fin de l’année, selon Standard & Poor’s. Soit plus que celle des Etats-Unis. Vendredi, les autorités de Shanghai ont d’ailleurs annoncé la création d’une structure de défaisance, afin d’y transférer les prêts non performants des banques locales. Le but est d’assainir la vie financière de la capitale économique chinoise. Deux autres provinces du pays ont déjà fait de même.

Valoriser le risque

Le défaut de Chaori représente surtout une nouveauté importante, puisque les autorités ne sont pas intervenues pour sauver la société. Une attitude qui contraste avec les actions entreprises, il y a deux mois, pour sauver de la faillite un placement financier émis par un trust, China Credit. A l’époque, de nombreux analystes avaient reproché à Pékin d’être intervenu, en jugeant que cela renforçait en Chine le sentiment malsain qu’aucune faillite n’est possible.

En laissant, pour la première fois, les règles du marché fonctionner, les autorités chinoises semblent faire acte de lucidité. Mais la fin de l’«aléa moral», comme le nomment les économistes, pourrait être lourde de conséquences: si le risque apparaît, il va enfin falloir le valoriser. Les taux auxquels s’endettent les entreprises chinoises, qui ont constitué l’un de leurs tout premiers atouts, devraient donc s’apprécier durablement. Le marché interbancaire a d’ailleurs connu plusieurs violentes secousses depuis un an, pointant également cette tendance à la hausse. Aussi nécessaire soit-il, cet ajustement est très délicat à manœuvrer à une époque où l’endettement des sociétés est déjà élevé.