La Chine et l’Indonésie ont mis en œuvre cette semaine un accord de règlement en monnaie nationale respective pour régler leurs importations et exportations mutuelles. Techniquement, il implique que les deux pays créent chacun de leur côté un fonds, en yuans pour la Chine et en rupiahs pour l’Indonésie, avec un taux de change figé sur une période, ce qui les protège des fluctuations du dollar.

«En se passant du dollar ou toute autre devise, les deux pays assurent la stabilité des cours de change et économisent les frais de change, commente Xiadong Bao, gérant des actions émergentes chez Edmond de Rothschild Asset Management (EdRAM), à Paris. Cet accord permet aussi à Pékin de faire progresser son ambition d’internationaliser sa monnaie, le renminbi.» Et d’ajouter: «La théorie économique veut que si la transaction est réglée dans la monnaie de l’acheteur, celui-ci est gagnant. Dans l’accord Chine-Indonésie, les deux le sont en se passant du dollar.»

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Par rapport à la Chine, l’Indonésie n’est pas moins une puissance économique. Quatrième pays le plus peuplé du monde, avec 280 millions d’habitants, le FMI le classe au 15e rang parmi les économies riches en termes du PIB. Depuis 2000, il connaît un taux de croissance moyenne annuelle supérieure à 5%.

Pas d’unanimité

«La Chine est notre principal partenaire commercial, notamment pour les besoins en matières premières industrielles, et le volume des échanges ne cesse d’augmenter», s’est confié un cadre du Ministère indonésien du commerce au quotidien Jakarta Post. Les échanges commerciaux de l’Indonésie avec la Chine ont atteint 48,1 milliards de dollars entre janvier et juin 2021. Son déficit commercial vis-à-vis de la Chine est en baisse: 3,21 milliards de dollars contre 4,57 milliards au premier semestre 2020.

L’accord ne fait toutefois pas l’unanimité en Indonésie. Le directeur exécutif du Center of Reform on Economics Indonesia, Mohammad Faisal, craint que son pays ne se rende très dépendant de la Chine. «Si la Chine connaît une crise financière, celle-ci s’étendra rapidement chez nous», fait-il remarquer.

Toujours est-il que la Chine a déjà établi, selon Xiadong Bao, des relations similaires avec neuf autres pays, principalement en Asie. «L’idée de contourner le dollar américain et de gagner en stabilité de change fait son chemin, dit-il. En réalité, plusieurs pays émergents dans d’autres régions du monde souhaitent également suivre cette voie parce que la Chine est devenue un partenaire de plus en plus important.»

«C’est notamment le cas de la Russie qui exporte du pétrole et du gaz en Chine et importe des produits industriels en grandes quantités, poursuit Xiadong Bao. Il est logique que les deux pays utilisent directement leur monnaie respective pour payer les transactions.»

La fin du dollar?

Est-ce la fin du dollar? «Non, répond catégoriquement le gérant d’EdRAM. Le dollar américain est de loin la principale devise [environ 40% pour le commerce, selon le système de paiements internationaux Swift et 60% en tant que devise de réserve selon le FMI]. Les Etats-Unis sont tout de même la principale économie mondiale et le plus grand acheteur de marchandises et des services. Les transactions de crédit (via des cartes de crédit) sont assurées par des banques américaines et se font en dollars. Leur devise s’est alors imposée historiquement.» Le billet vert est suivi dans les paiements internationaux par l’euro, la livre sterling, le yen, le franc, le dollar australien et le renminbi chinois. Même la zone euro paie 48% de ses importations extra-européennes en monnaie américaine.

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Il y a forcément un aspect géopolitique dans la démarche de la Chine et des pays émergents qui veulent multiplier les accords de règlement en monnaies locales. «Cela traduit la montée en puissance de la Chine dans le monde, analyse Xiadong Bao. Les Etats-Unis considèrent les pays intéressés par ces arrangements comme pro-chinois.»