Pékin semble décidé à s’attaquer pour de bon au problème environnemental. Les autorités centrales chinoises viennent d’annoncer un plan en dix points visant à remettre l’environnement au centre de la stratégie nationale de développement. Le gouvernement de Li Keqiang, le premier ministre qui avait avoué en mars avoir «le cœur lourd» devant la situation de son pays au plan environnemental, a détaillé une série de réformes qui passent notamment par le renforcement du mécanisme de collecte des amendes pour pollution et l’obligation faite aux industries de réduire leurs propres émissions de polluants.

Mais, de façon plus symptomatique encore, Pékin annonce que les responsables locaux seront désormais tenus pour responsables de la qualité de l’air dans la région dont ils ont la charge. Avec un objectif chiffré: dans la plupart des industries, les émissions de microparticules devront diminuer d’au moins 30% en cinq ans. La Chine va «mettre en place une responsabilité ciblée et un système d’évaluation pour les villes et les provinces, basé sur l’amélioration de la qualité de l’air», prévient le gouvernement. Cette fois, ce n’est donc plus la réduction des émissions de gaz à effet de serre ou de tel ou tel produit toxique mais bien la qualité de l’air dans son ensemble qui sera suivie. Il y a urgence: dans tout le nord du pays, l’hiver a été marqué par un épisode de pollution sans aucun précédent historique. Et, au cours des 31 derniers jours, le niveau de pollution atmosphérique n’a été considéré comme «bon» qu’une seule fois à Pékin, selon les capteurs de l’ambassade des Etats-Unis, seule référence crédible dans la capitale chinoise.

Mesures agressives

Pour certains analystes, ces annonces sont une étape importante. Elles constituent même, ­selon Deutsche Bank, les mesures «les plus agressives» décidées par Pékin dans ce domaine. Ma Jun, le chef économiste pour la Chine de la banque allemande, prévient qu’il s’agit de la «première étape décisive dans la campagne antipollution du pays, qui pourrait durer 18 ans».

Reste toutefois une interrogation centrale: les louables intentions de Pékin seront-elles suivies d’effets dans les provinces? Hasard du calendrier, une étude effectuée par des chercheurs canadiens, singapouriens et chinois et révélée hier par le journal de Hongkong South China Morning Post démontre que, jusqu’à présent, les officiels chinois n’ont eu aucune incitation réelle à prendre des mesures environnementales. Quels qu’aient pu être les encouragements de Pékin, les chercheurs établissent qu’entre 2000 et 2009, ce sont les officiels qui ont mis l’accent sur le développement des infrastructures locales qui ont vu leur carrière s’accélérer, tandis que ceux qui s’occupaient réellement de protéger l’environnement n’en tiraient pas de bénéfice pour leur avancement per­sonnel. Car l’investissement dans les infrastructures a des répercussions plus visibles et plus immédiates sur l’activité économique et l’emploi. Sans réforme en profondeur de l’avancement de la ­carrière de ses cadres, le système chinois ne pourra pas devenir réellement écologique.