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La Chine est la mieux placée grâce à sa liberté fiscale et monétaire

Connaissez-vous la relation entre les canaris et les mineurs? Par le passé, le volatile, très sensible au monoxyde de carbone, était utilisé pour alerter les mineurs lorsque le niveau de gaz dans la mine devenait trop important. A l’instar des mineurs, de nombreux investisseurs sont en quête de signaux leur indiquant s’il est plus sûr d’être sur un marché ou d’en sortir.

Sur les marchés émergents, leur «canari» est la Chine. Avec une économie qui pèse 10 billions de dollars, la santé du géant asiatique a un impact sur les marchés émergents et sur le reste du monde. Cela explique que les récentes spéculations, qui prévoient un atterrissage difficile, voire une crise financière pour le pays, aient éveillé la nervosité des investisseurs. Mais ces spéculations sont bien trop pessimistes: les autorités chinoises ont clairement identifié les pièges en présence.

La Chine est confrontée à deux problèmes structurels clés. Premier problème: sa croissance est excessivement dépendante d’investissements portés par des crédits dans des secteurs étatiques inefficaces. Aujourd’hui, alors même que la croissance du PIB tend à se stabiliser autour d’un taux nominal de 10%, le crédit continue d’augmenter à un taux excessif de près de 15%. De plus, une grande partie de cette augmentation sert au financement de gouvernements locaux par des véhicules hors bilan.

Deuxième problème chinois: la priorité historique accordée par le gouvernement à la promotion de hauts niveaux d’investissement, dans une tentative de rattrapage des autres grandes économies. Ainsi, la consommation des ménages compte pour moins de 40% du PIB chinois, alors qu’elle se situe entre 60 et 70% sur la plupart des marchés développés. Il est vital pour la Chine d’opérer la transition vers une économie plus dépendante de la consommation, afin de s’assurer une croissance plus équilibrée et durable.

Les autorités ont mis en œuvre des mesures pour limiter la croissance globale du crédit, tout en orientant celui-ci vers le secteur privé. Ces mesures ne peuvent que se traduire par un ralentissement du taux global de croissance du pays. La qualité prime sur la quantité, et les inquiétudes concernant des problèmes tels que le chômage sont excessives.

Dans le futur, une Chine avec un taux de croissance du PIB de 6% pourrait créer plus de nouveaux emplois que la Chine de 2008, qui affichait pourtant un taux de croissance de 10%. La transition structurelle en cours, qui verra l’économie chinoise s’appuyer plus sur le secteur des services contribuera à cette création d’emplois. Le choix des autorités d’éviter de recourir à des mesures à grande échelle pour dynamiser la croissance est très positif: les mesures ciblées, notamment les efforts visant à garantir une déflation progressive, favoriseront à terme le ralentissement raisonné de l’économie. Un ralentissement assorti d’une accélération des réformes dans le secteur des services, de l’amélioration des services sociaux et de la poursuite de la déréglementation du système financier chinois. Les actions du président, Xi Jinping, et de son gouvernement démontrent un engagement véritable à transformer de manière profonde le modèle de croissance du pays.

Naturellement, cette transition comporte des risques comme des opportunités: mais la croyance selon laquelle la Chine irait tout droit vers la crise est largement basée sur une vision et une compréhension incorrectes de la façon dont son économie fonctionne. Illustration de cette mauvaise compréhension: l’idée que le ralentissement pourrait provoquer une crise systémique du secteur financier. Or, plusieurs raisons d’ordre structurel contribuent à limiter les risques de contagion systémique: d’une part, le fait que le secteur bancaire chinois soit contrôlé par l’Etat. D’autre part, le fait que la quasi-intégralité des créances sont libellées en renminbis et au nom d’emprunteurs établis en Chine. Il devrait être plus simple de réduire les créances douteuses provoquées par un ralentissement de la croissance du PIB en Chine que dans des économies dont le secteur privé est plus développé ou dont les dettes extérieures sont plus importantes.

La banque centrale chinoise dispose des outils – prêts à court terme aux banques, réduction des réserves obligatoires ou encore baisse des taux d’intérêt – qui lui permettront de gérer d’éventuelles diminutions des liquidités. Avec un ratio de dette publique d’environ 60%, le gouvernement chinois dispose d’une marge de manœuvre importante pour stimuler la relance par des dépenses d’infrastructures. S’ajoutent à ces forces des indicateurs démographiques qui restent meilleurs que dans la plupart des économies des pays développés; l’urbanisation continue, et avec elle la consommation et la demande de services. Dans un contexte de valorisation relativement faible, ces données constituent un solide argument en faveur d’une appréciation positive sur le long terme.

* Responsable Marchés émergents auprès de Pioneer Investments

La croyance selon laquelle la Chine irait tout droit vers la crise est basée sur une vision incorrecte