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Pékin, désireux d'engager une transition économique au profit des services, s'efforce certes de réduire ces surcapacités industrielles.
© PETER PARKS

Economie

La Chine minée par les surcapacités industrielles, danger pour l'économie mondiale

Les surcapacités de production industrielles chinoises continuent de gonfler face à une demande terne, plombant la croissance du pays et déstabilisant l'économie mondiale, au risque de déclencher un regain de protectionnisme, a averti lundi la Chambre de commerce de l'Union européenne à Pékin

De la sidérurgie au ciment, de nombreuses entreprises étatiques dans l'industrie lourde ploient sous les capacités excédentaires, après avoir multiplié les investissements - souvent à crédit - alors même que la demande fléchissait, avec en particulier le violent refroidissement du marché immobilier chinois.

«Les surcapacités sont depuis longtemps une plaie de l'industrie chinoise», mais la situation a empiré «avec de profondes répercussions sur l'économie mondiale et sur la croissance de la Chine», a prévenu la Chambre de commerce de l'Union européenne à Pékin dans un rapport publié lundi.

L'ampleur du problème donne le vertige: les aciéristes chinois produisent désormais davantage que les quatre autres principaux pays producteurs réunis (Japon, Inde, Etats-Unis, Russie), mais la moitié d'entre eux sont déficitaires. En deux ans, la Chine a produit davantage de ciment que les Etats-Unis pendant tout le XXe siècle.

Le plan de relance massif adopté en 2008-2009 par Pékin pour enrayer la crise économique a déversé une avalanche d'argent sur les entreprises, invitées à investir à leur guise... sans que la demande suive.

Pour six des huit secteurs étudiés par la Chambre (acier, aluminium, ciment, raffinage, verre, papier), le taux d'utilisation des usines est même plus bas qu'il ne l'était en 2008 durant la crise.

Pékin, désireux d'engager une transition économique au profit des services, s'efforce certes de réduire ces surcapacités industrielles: il durcit ses normes réglementaires, encourage les fusions-restructurations d'entreprises, et entend restreindre les prêts et subventions publiques aux firmes «zombies» structurellement non-rentables.

«Mais le pouvoir central rencontre une farouche résistance de la part des gouvernements locaux (provinces et municipalités), qui sont inquiets des conséquences sur l'emploi», faute d'un solide système de protection sociale, et qui veulent préserver leurs recettes fiscales, a indiqué Joerg Wuttke, président de la Chambre.

«Ces industries sont déconnectées des forces de marchés et reposent sur le soutien des administrations locales» qui investissent des fonds et leur facilitent l'obtention de crédits, a relevé Joerg Wuttke devant quelques journalistes.

Mais le retour sur investissement se fait de plus en plus maigre, et l'envolée des prêts bancaires, dopée par une politique monétaire ultra-accommodante, se traduit désormais par une hausse des risques de créances douteuses et de défauts de paiement.

Tentation protectionniste
 

«L'impact à l'étranger se fait déjà sentir», insiste M. Wuttke. Les firmes européennes qui fournissaient des équipements industriels à la Chine voient ce débouché s'étioler. La situation aggrave aussi le ralentissement de la deuxième économie mondiale, entamant la demande du géant asiatique.

Mais surtout Pékin tente d'écouler ses surplus de production à travers le monde, au risque de déstabiliser les marchés.

Le déferlement de l'acier chinois à des prix défiant toute concurrence alimente ainsi la dégringolade des cours, et conforte la perspective de voir Bruxelles et Washington ériger de nouvelles barrières tarifaires pour se protéger.

Les sidérurgistes européens et américains boivent déjà la tasse: le géant du secteur ArcelorMittal a accusé en 2015 une perte nette abyssale de 7,9 milliards de dollars.

Ulcérés, patrons et salariés du secteur sidérurgique européen ont récemment défilé à Bruxelles pour protester contre la concurrence chinoise et demander à l'UE de durcir ses mesures antidumping.

Et les «nouvelles routes de la Soie» que Pékin veut établir, à coups d'investissements massifs, en Asie centrale ne devraient pas ouvrir de nouveaux débouchés spectaculaires.

«Le compte n'y est pas», avertit M. Wuttke: les besoins des pays concernés sont «bien trop petits pour absorber un pourcentage significatif des surplus de production chinois».


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