La Chine concurrence l’influence américaine

Commerce Pékin et Washington rivalisent pour lancer leurs propres projets de libre-échange

Le sommet de la Coopération pour l’Asie-Pacifique est l’occasion de placer ses pions

Sur la photo de famille, il y aura Xi Jinping, Barack Obama, Vladimir Poutine ou encore Shinzo Abe. Lundi et mardi, la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) fêtera ses 25 ans au Beijing Yanqi Lake, un centre de conférences pouvant accueillir 5000 personnes situé au nord de Pékin. Au programme officiel des leaders de ce forum de l’APEC: commerce, lutte contre la corruption, croissance verte.

En coulisse, cependant, il y sera question de l’influence de la Chine et des Etats-Unis sur les 21 membres de l’APEC. Un club qui pèse 40% de la population de la planète et plus de la moitié du produit intérieur brut mondial.

La Chine compte y faire avancer son projet d’accord de libre-échange pour l’Asie-Pacifique (FTAAP), «qui vise certes à soutenir la croissance de la région mais qui sert avant tout ses ambitions géopolitiques», analyse un chercheur chinois d’une grande université de Hongkong, mais qui tient à garder l’anonymat pour s’exprimer librement. De leur côté, les Américains ont leur propre projet d’Accord de partenariat transpacifique (TPP), mais qui exclut la Chine. «Pékin réplique donc, poursuit-il. Va-t-il réussir? Le sommet de l’APEC n’apportera pas forcément de réponse.»

Spécialiste indépendant de la Chine, Andrew Leung voit aussi dans ces projets l’ambition de «grande puissance» de la Chine. Cependant, «Pékin ne veut pas commettre la même erreur que les Spartes, dont la quête du pouvoir a conduit à la guerre et à leur perte. Raison pour laquelle le gouvernement central promeut les relations commerciales», explique le consultant.

Cette quête d’influence intervient alors que la croissance de l’économie chinoise ne cesse de ralentir. Les économistes des grandes banques, comme UBS, Goldman Sachs, Société Générale ou Mizuh, parient sur un PIB en hausse de 7,3% cette année, son plus bas niveau en 24 ans. Dans un rapport publié la semaine passée, la Banque mondiale a appelé Pékin à laisser les mécanismes de marché corriger les excès de la planification ou de l’intervention publique, en particulier dans les domaines du crédit et de l’immobilier.

«La Chine change de modèle, assure l’universitaire chinois précité. Elle devient très sérieuse au sujet de l’environnement. Car, si l’emploi reste la priorité des Chinois, les qualités de l’air et de l’eau potable viennent immédiatement derrière.» Pour Andrew Leung, «la montée en puissance de la classe moyenne va changer la donne et devenir un vrai relais de croissance. Cette génération qui veut une meilleure qualité de vie, pas simplement un travail». Et d’ajouter un chiffre: «chaque année, 7 millions de diplômés sortent des universités. Pour garder le pouvoir, la répression ne suffira pas car ils savent trop de choses.»

Pour se transformer, la Chine rencontre cependant un «double problème, observe l’universitaire. D’une part, Xi Jinping se voit en nouveau Mao. Pas celui de la Révolution culturelle, mais comme un dictateur bienveillant. S’il prend de bonnes décisions, alors tout ira bien. Or, c’est le deuxième problème, il doit traiter une bulle immobilière sans précédent, dont l’éclatement menace la stabilité de l’économie chinoise, et probablement mondiale. Le gouvernement central, pour le moment, soutient la dynamique immobilière parce qu’à court terme elle lui apporte la paix économique; Xi gagne ainsi du temps qu’il met à profit pour mener sa lutte contre la corruption, qui lui permet de concentrer les pouvoirs.»

Andrew Leung se montre moins critique: «Sans cette lutte contre la corruption, tout le parti se serait effondré. The Economist se trompe sur Xi Jinping. Il ne vient pas de nulle part, mais il bénéficie bien d’un appui très large au sein du parti, grâce auquel il peut changer le modèle de la Chine.» L’annonce, fin octobre, de la future mise en œuvre d’un système juridique, ne mettant plus les membres du Parti communiste au-dessus des lois, en est une preuve, selon le consultant. L’universitaire en doute cependant: «L’engagement du plénum est très vague. Reprenons le cas de l’immobilier: vous ne voyez aujourd’hui aucune faillite parce que le parti contrôle tout. C’est une économie dans laquelle il n’y a pas de contrat. Il est donc impossible de faire défaut! Il y a bien sûr des entreprises en difficulté, mais de l’argent arrive d’on ne sait où pour éponger leurs pertes. Tout cela ne fait que repousser le problème. Je redoute l’explosion de cette bulle, synonyme de l’enrichissement récent du pays grâce à la dette.»

La quête d’influencede la Chine intervient alors que sa croissance économique ralentit