La Chine en mode «Swiss made»

Libre-échange Le premier ministreLi Keqiang fait halte à Berne aujourd’hui

L’accord avec la Suisse devrait accélérer l’arrivée d’entreprises et de cerveaux chinois

Avoir un pied-à-terre helvétique: un gage de qualité pour mieux vendre le «made in China»

Entre l’Inde, le Pakistan et l’Allemagne, la Suisse. Jeudi soir, au 5e jour de son voyage officiel, Li Keqiang a fait à Zurich sa première halte européenne de premier ministre chinois. Il rencontre aujourd’hui à Berne trois conseillers fédéraux, avec qui il est prévu d’officialiser l’entente cordiale entre la Suisse et la Chine. Il a été annoncé la signature d’«une série d’accords», ce soir. Pour celui de libre-échange, techniquement sur pied depuis deux semaines, il faudra patienter un peu. En attendant d’en connaître le contenu, les entreprises trépignent et les projections pullulent.

S’il est aisé d’imaginer ce qu’une entrée facilitée sur le marché chinois représente pour l’industrie suisse, le mouvement inverse, en ­revanche, est moins limpide. Qu’est-ce que la Chine a à gagner à se rapprocher d’un pays qui ne consomme que 0,6% de ses exportations?

«Dans la culture chinoise, une «première fois» a toujours une signification symbolique, écrit Li Keqiang (lire en page 10). […] La Chine n’a pas achevé son processus d’ouverture.» «Politiquement, cet accord n’est pas du tout anodin, développe Gérald Béroud, fondateur de la société d’études et de services SinOptic. Le nouveau gouvernement veut asseoir son autorité en démontrant que les réformes progressent.» D’après le sinologue, la Suisse est aussi un terrain d’essai, avant que l’Empire du Milieu ne s’aventure vers de plus amples territoires européens, comme l’Allemagne, que Li Keqiang visitera dans la foulée.

Pour Daniel Küng, directeur de l’organe de promotion économique OSEC, rebaptisé Swiss Global Enterprise, se lier officiellement avec la Suisse envoie un signal clair aux entreprises chinoises. «C’est un encouragement à venir y faire des affaires.» La Suisse est une porte d’entrée sur l’Europe, précise Jingjin Guo, avocat chez Baker & McKenzie: «Pour un exportateur chinois, des facilités douanières à l’entrée en Suisse, donc dans l’espace européen de circulation des marchandises, lui permettraient de réduire ses coûts de distribution en Europe.» D’où l’intérêt d’avoir une présence en Suisse.

Le pays en compte déjà plusieurs dizaines (lire encadré). Et un allégement des démarches administratives renforcerait le phénomène. «Un mouvement allant dans le sens d’une procédure simplifiée en matière de circulation des travailleurs serait précieux pour les deux pays. Parfois, plusieurs mois et un solide dossier de justification sont nécessaires pour obtenir un permis de travail. Cela peut être un vrai frein aux implantations», témoigne Jingjin Guo. Cela vaut aussi pour les diplômés chinois, «formés ici et intégrés, mais qu’on oblige à quitter le pays à la fin de leurs études», reprend Gérald Béroud.

Outre les atouts reconnus de la Suisse (fiscalité, stabilité, localisation, qualité de vie), Jingjin Guo évoque l’importance d’une implantation réussie en Suisse. «Pour une PME chinoise, compter un site en Suisse est un vrai argument de qualité vis-à-vis du marché chinois. Pouvoir dire que son produit y a été pensé, conçu ou dessiné permet assurément de mieux le vendre.» «Si les composants et l’assemblage sont locaux, pourquoi n’obtiendraient-elles pas le label suisse?» interroge quant à lui Gérald Béroud.

Et les craintes récurrentes de resurgir, comme lorsque, en avril, l’horloger Corum annonçait son rachat par China Haidian: les Chinois vont-ils s’emparer du savoir-faire helvétique? Directeur de Swissolar, David Stickelberger ne s’inquiète en tout cas pas de la concentration, au nord-est de la Suisse, d’une poignée d’acteurs chinois du photovoltaïque: «Les quelques producteurs suisses sont dans des marchés de niche. Ils n’ont pas à craindre la concurrence future de ces sociétés.» Des sociétés qui, concède-t-il néanmoins, «apprécient la proximité avec nos instituts de recherche spécialisés».

La Suisse est «la source principale d’importation des technologies», a aussi expliqué à l’agence de presse Xinhua, He Maochun, de l’Université pékinoise Qinghua. Le transfert de technologie et la montée en gamme. Ce sont, de l’avis de Jingjin Guo, les points les plus importants aux yeux d’un pays qui «a une vision de développement industriel à long terme».

«Si les composantset l’assemblage sont locaux, pourquoi n’obtiendraient-ilspas le label suisse?»