Derrière une séduisante croissance de 7,5%, un déficit budgétaire sous la barre des 2% ainsi qu’une économie basée sur l’investissement, à quoi ressemble la dette chinoise? Après avoir empêché jeudi la construction du ­gratte-ciel le plus haut du monde dans la province pauvre du Hunan, les autorités chinoises demandent un audit express de ­l’ensemble des comptes publics locaux à partir du 1er août (voir LT du 29.07.2013).

Car bien peu d’informations fiables existent sur la question. Début juillet, le vice-ministre des Finances Zhu Guangyao avouait ne pas connaître le montant précis des dettes locales. Exprimée dimanche, cette exigence soudaine de la Cour des comptes a donc fait la une de l’ensemble de la presse chinoise, plutôt inquiète.

Le Journal du Matin de Shanghai évoque l’augmentation de la dette cumulée des autorités locales, «soit +13% en deux ans ou 3850 milliards de yuans supplémentaires». D’après la Banque mondiale, le montant total des dettes publiques locales atteindrait 3000 milliards de dollars fin 2012. Selon le FMI, la dette publique chinoise représente 45% du PIB (contre 103% du PIB aux Etats-Unis).

Une fois fixé sur les chiffres, le gouvernement central ne devrait pas pousser de cris d’orfraie tant il semble complice de l’endettement des autorités locales. D’une part, deux tiers des impôts récoltés localement sont expédiés à Pékin. Et face au repli de l’industrie manufacturière et à la mollesse tenace du marché domestique, Pékin se repose toujours sur une croissance basée sur les investissements, soit la construction d’infrastructures et l’immobilier. La cession de terrains aux promoteurs privés ou étatiques est devenue la principale rentrée fiscale des gouvernements de province. Au niveau national, «la quantité de terrains mis à la disposition des promoteurs a augmenté de 38,8% en un an», rapporte l’agence Chine Nouvelle.

Mais quand cela ne suffit pas, et parce que les banques d’Etat rechignent à prêter, les provinces ont recours à des méthodes de financement dites «non conventionnelles», comme les prêts souterrains auprès d’institutions financières privées ou des particuliers. C’est la «dette grise», que l’audit aura bien du mal à évaluer.

A des taux d’intérêt exorbitants, des financiers «gris» ont donc prêté pour 343 milliards de yuans aux autorités du Jiangsu l’an dernier. Cette province côtière est aussi peuplée que l’Allemagne et son PIB est le même que celui de la Turquie, mais elle est minée par une industrie du photovoltaïque en berne – Suntech, son vaisseau amiral du photovoltaïque s’est déclaré en faillite en mars dernier – et une forte chute (entre 13% et 65% sur un an selon les modèles) des commandes de ses chantiers navals, d’où sort un cargo chinois sur trois.

Pour autant, et même si Pékin laisse les provinces flirter avec la bulle immobilière, le risque de faillite façon «Détroit» serait à écarter. «Aux Etats-Unis, l’assistance de Washington est limitée. En Chine, le gouvernement central ne peut pas rester les bras croisés», assure le professeur Hao Zhenping de l’Université de Tsinghua.

Les provinces ont recours à des méthodes de financement «non conventionnelles»