Dimanche matin, les Chinois ont eu des sueurs froides lorsque les quelque 18 000 distributeurs à billets de l’ICBC se sont éteints simultanément, pendant deux heures. Même le personnel au guichet ne parvenait à remettre de l’argent. La Banque industrielle et commerciale de Chine était-elle subitement à court de liquidités? Le bruit a couru à toute vitesse sur les microblogs chinois et le démenti s’est fait attendre. «Il s’agissait d’une simple mise à jour de notre système informatique» a affirmé le porte-parole.

L’incident reflète cependant la nervosité entourant la situation. Chez les particuliers comme au sein des milieux financiers. Le marché des prêts interbancaires – sur lesquels les banques commerciales se servent massivement pour se refinancer – s’est brièvement asséché. Les taux d’intérêt offerts aux établissements ont pris l’ascenseur, alors que la banque centrale rechignait à injecter des liquidités dans ces rouages.

Reste que dans un pays où les médias traditionnels sont toujours strictement contrôlés par l’Etat, celui-ci a la possibilité de limiter la propagation d’un sentiment de panique auprès de la population. Et les marchés se méfient de la situation du secteur bancaire. Lundi, un éditorial des Nouvelles de Pékin a analysé la démarche des autorités comme une volonté de durcir leur position vis-à-vis des banques commerciales, les inciter à privilégier le long terme, renforcer la réforme financière et améliorer l’allocation des ressources.

Et surtout lutter contre le système bancaire «souterrain», source de toutes les inquiétudes. Selon l’agence de notation financière internationale Fitch, les placements par les citoyens les plus aisés dans des fonds d’investissement à haut rendement – qui ensuite prêtent cet argent au taux fort à une myriade d’entreprises ou de promoteurs immobiliers, d’où leur surnom de banques «souterraines» – atteignent l’équivalent de 16% des dépôts: 13 000 milliards de yuans contre seulement 500 milliards il y a cinq mois.

Sans compter que dans une économie obnubilée par l’urbanisation, les mêmes banques sont aussi promoteurs immobiliers ou facilitent grandement l’octroi de prêts aux promoteurs plus ou moins solides, sous la pression des officiels locaux en mal de recettes fiscales et de pots-de-vin. Cette semaine, le procès pour corruption de l’ancien secrétaire de Parti d’un district de Chongqing fait les choux gras de la presse chinoise.

Ce sentiment que l’on octroie des crédits sans complexe est exacerbé par l’apparition d’acteurs inattendus. Le 13 juin, le premier site marchand du pays, Alibaba, proposait à la vente toute une gamme de produits financiers. Désormais, via son système de paiement Alipay – l’équivalent chinois de Paypal – les Chinois ordinaires peuvent accéder à des outils spéculatifs alléchants. Yu E Bao, c’est son nom, a attiré 1 million d’adeptes en sept jours. Le site subira des sanctions, promet pourtant l’instance chinoise de régulation bancaire.

La maîtrise de ce gonflement de l’octroi des crédits est suivie au jour le jour par les autorités. Le premier ministre Li Keqiang – qui célèbre ses 100 jours au pouvoir – devra donc encore appeler les banques à lutter contre la tentation de l’argent facile et les convaincre de se focaliser sur le financement de l’économie réelle, dont la croissance – à 7,8% – est à son plus faible niveau depuis 13 ans.

L’Etat a la possibilité de limiter la propagation d’un sentiment de panique auprès de la population