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La chancelière allemande Angela Merkel a été reçue par le président chinois Xi Jinping jeudi passé à Pékin. L’Allemagne et la Chine sont des alliées tactiques face aux Etats-Unis.
© Jason Lee/Reuters

Commerce

La Chine, partenaire et rivale de l'Allemagne

Angela Merkel a effectué sa onzième visite officielle en Chine en tant que chancelière. Dans un contexte de tension commerciale avec les Etats-unis, elle a tenté de resserrer les rangs avec le géant chinois

Angela Merkel s’est rendue en Chine jeudi et vendredi pour «renforcer le multilatéralisme». Sur fond de confrontation commerciale avec les Etats-Unis et de menace de hausse des droits de douane américains sur l’automobile, l’acier et l’aluminium, la chancelière allemande souhaitait faire front commun avec son premier partenaire commercial. «En cas de guerre commerciale avec les Etats-Unis, un rapprochement avec la Chine sera nécessaire», constate Claudia Schmucker, de l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP). «Pour la Chine aussi, cette visite était importante car l’Allemagne est son principal partenaire européen», explique cette experte.

Lire aussi: Xi Jinping, Trump et Merkel: trois fragiles candidats pour une place de leader

Le commerce entre la Chine et l’Allemagne est en plein boom. Les deux pays ont échangé à hauteur de 186,8 milliards d’euros (216 milliards de francs) l’an dernier et la Chine est devenue un partenaire central pour tout un pan de l’économie allemande, à commencer par le secteur automobile. «C’est le premier marché d’exportation, devant celui des Etats-Unis, explique Claudia Schmucker. Il représente l’avenir car si le marché américain est saturé, en Chine, il est en expansion.»

Contrebalancer les effets aux Etats-Unis

BMW, Daimler et Volkswagen ont ainsi accueilli avec enthousiasme l’annonce faite la semaine passée par Pékin de baisser de 10 points les droits de douane sur les véhicules individuels dès le 1er juillet. Cette mesure pourrait faire gagner 600 millions d’euros par an au seul constructeur Porsche et contrebalancer, en partie, les effets d’une hausse des taxes voulues par Donald Trump sur les voitures exportées aux Etats-Unis. C’est dans ce contexte commercial tendu qu’Angela Merkel a plaidé cette semaine pour davantage de collaboration avec la Chine en matière de voitures autonomes.

Et encore: Donald Trump menace de taxer les constructeurs automobiles européens

Partenaire central, la deuxième économie mondiale reste toutefois un concurrent avec lequel les différends sont nombreux. Angela Merkel demande un «accès réciproque aux marchés» et une meilleure «protection de la propriété intellectuelle». L’Allemagne, tout comme l’ensemble des Européens, reproche aux Chinois de ne pas jouer le jeu de l’ouverture car pour y investir, les entreprises étrangères doivent, dans la plupart des cas, trouver un partenaire local.

Vendredi, le ministre chinois de l’Economie a annoncé un assouplissement dans l’accès aux secteurs banques et assurance et confirmé celui pour le secteur pharmaceutique. «Toute ouverture est bonne à prendre et profitera aux entreprises allemandes, constate Claudia Schmucker de l’Institut berlinois DGAP. En revanche, la résolution des problèmes de fond comme la protection de la propriété intellectuelle demandera beaucoup plus du temps.»

Stratégie «Made in China 2025»

Première économie européenne, l’Allemagne a aussi beaucoup à perdre face aux ambitions affichées par Pékin. Avec sa stratégie «Made in China 2025», la Chine souhaite s’imposer dans dix secteurs clés, tels que les machines outils, l’aéronautique, l’énergie, la mobilité, etc. Des secteurs où règnent, souvent, les petites et moyennes entreprises allemandes. L’inquiétude de se faire distancer est donc réelle outre Rhin.

Un rapport publié par la fondation Bertelsmann constate que la majorité des achats et de prises de participations chinoises dans des entreprises allemandes concernent dix secteurs stratégiques. La fondation conseille ainsi à Berlin et Bruxelles de mieux protéger les entreprises européennes de l’appétit chinois. Dans ce contexte ultraconcurrentiel, Angela Merkel a récemment signalé vouloir soutenir la recherche allemande et européenne dans le secteur de l’intelligence artificielle pour ne pas se faire dépasser.

Lire également notre éditorial: Guerre commerciale: les limites de l’allié chinois

Quant à l’annonce, le week-end dernier, d’une suspension, même temporaire, de la guerre commerciale entre Washington et Pékin, elle rassure à Berlin, où l’on redoutait une confrontation des deux géants. Pour le sinologue Bernt Berger, de l’institut DGAP, «ce climat tendu est peut-être même une chance à saisir pour davantage de dialogue, dit-il. La Chine pourrait vouloir faire des concessions car elle n’a aucun intérêt de mener une guerre commerciale avec l’Union européenne.»

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