La crise sanitaire appartient au passé en Chine. Deux mois jour pour jour après la mise en quarantaine de Wuhan, métropole de 11 millions d’habitants, aucune nouvelle contamination n’y a été signalée lundi, et ce, pour le cinquième jour consécutif, selon l’ATS. Pékin tente maintenant de sortir de la crise économique. Le gouvernement a annoncé vendredi des mesures budgétaires portant sur 400 milliards de dollars pour stimuler l’investissement et accélérer le développement des infrastructures.

Récession en Chine

Les actions chinoises devraient en profiter, mais, comme les bourses européennes, elles restaient lundi sensibles aux difficultés du Sénat américain à ficeler un paquet de relance solide. L’indice CSI 300, qui regroupe les principales entreprises de Chine continentale, à Shanghai et Shenzhen, baisse de 3,4% en début de semaine. Il ne perd toutefois que 13,8% cette année, contre 21% pour l’indice suisse (SMI) et 33% pour le Dow Jones. Signe particulier du CSI 300, il avait dès le début de mars retrouvé ses plus hauts d’avant la crise. La chute n’est survenue que ces dernières semaines sous le poids de la détérioration conjoncturelle.

Les statistiques économiques sont, il est vrai, très moroses. «Nous devrions subir une récession au premier trimestre et un recul du PIB de 5 à 10% sur base annuelle», indique Nicholas Yeo, directeur et responsable des actions chinoises pour Aberdeen Standard Investments. Joint à Hongkong, où il réside depuis treize ans, le gérant a pris des mesures contre le virus: «Pour éviter la contagion, nous disposons de deux équipes de gestion qui ne se rencontrent pas», déclare-t-il.

Le retour à la normale se poursuit en Chine. L’appareil de production est à plus de 85% des capacités, contre 80 à 85% une semaine auparavant selon l’agence Bloomberg. L’estimation exclut toutefois la province de Hubei, épicentre de l’épidémie.

Relance budgétaire

Dans la lignée de la stratégie mise en place depuis des années, la relance budgétaire chinoise privilégie l’économie domestique plutôt que les exportations. Quant à l’aspect monétaire, «le gouvernement évitera les erreurs commises en 2008, lorsque le soutien monétaire avait été excessif», selon Nicholas Yeo.

Dans l’immobilier, certaines rumeurs évoquent l’existence de «villes fantômes». Le gérant ne nie pas l’éventualité d’un excès d’offre dans certaines villes secondaires, mais il préfère porter son regard sur «une forte demande à Pékin et les autres mégapoles».

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Le marché boursier dispose lui de solides fondamentaux, Nicholas Yeo estime que la valorisation des actions du marché domestique chinois (A-shares) est raisonnable. «Les actions se traitent à 12 fois les bénéfices, soit en dessous de la moyenne à long terme», selon Aberdeen.

Le whisky chinois, les voyages et la santé

Le marché boursier est, à son avis, «passé à l’étape de la sortie de crise, même s’il ne peut pas être complètement décorrélé du monde occidental». Le gérant, qui privilégie la consommation domestique, affirme «ne pas avoir modifié significativement la composition de [leur] portefeuille à cause de l’épidémie».

Les actions préférées de Nicholas Yeo sont des paris à long terme. Malgré les graves problèmes rencontrés par le tourisme, il aime bien les titres liés aux voyages, comme China International Travel Service (CITS), une société dominant le segment des boutiques hors taxe, malgré une légère réduction des positions dans cette branche. La demande de voyages des Chinois est «relativement inélastique» et haussière à long terme. «La Chine est la première à sortir des politiques de confinement et CITS devrait en profiter», lance le gérant.

Dans les biens de consommation, Nicholas Yeo mise sur Baijiu, le fabricant du «whisky chinois», en l’occurrence d’une eau-de-vie à base de sorgho. La société est présente sur le créneau haut de gamme de ce marché, selon Aberdeen Standard Investments.

La santé enfin devrait profiter du vieillissement de l’Empire du Milieu. La tendance peut être jouée à travers les actions d’entreprises de services, comme Tigermed, une société de recherche contractuelle (CRO) qui participe à l’externalisation de la recherche pharma. Le gérant aime aussi AIER, actif dans les hôpitaux spécialisés dans les soins oculaires.