Politique monétaire

La Chine à la peine pour soutenir le yuan

La devise chinoise a été secouée au début de l’année face au dollar. Les réserves de change fondent et le silence de la banque centrale est critiqué par le FMI

Pour défendre un franc trop fort, la Banque nationale a imposé des taux d’intérêt négatifs. Pour défendre le yuan trop faible, la Banque populaire de Chine (PBOC) a fait grimper les siens à 66,8%. C’était le 12 janvier, sur le marché du yuan dit «offshore», celui qui s’échange librement à Hongkong. Emportée par le krach éclair de la bourse chinoise, la devise chinoise, avait perdu 2% de sa valeur face au dollar en quelques jours, après une chute déjà record de 4,5% en 2015.

La tension est retombée depuis. Vendredi, le taux d’intérêt du jour ne valait plus que 1,16%. Le yuan affiche désormais une certaine stabilité. Vendredi encore, à 9h15 à Honkong comme elle le fait chaque jour depuis août dernier, la PBOC a annoncé le cours de référence à 6,5314 yuans pour un dollar, un peu mieux que les 6,5419 de la veille.

La stabilisation paraît acquise pour les célébrations du Nouvel an chinois, qui commencent ce lundi. Elle n’a toutefois rien de définitif, à en croire plusieurs économistes. Dans une note de fin janvier, ceux de Credit Suisse s’attendent à «davantage de faiblesse». Christopher Woods, du courtier CLSA, juge que «le marché reste nerveux en raison des sorties de capitaux qui ont accéléré depuis mi-2015».

Politique de dissuasion

Le retour au calme ne s’est en effet pas fait de lui-même. Outre la brusque remontée des taux journaliers, «pour chasser les spéculateurs», explique Christopher Woods, la PBOC a pioché dans ses réserves de changes. Depuis leur pic à 3993 milliards de dollars, atteint en juin 2014, elles ont fondu de 20%, et de 500 milliards l'an dernier. En janvier, selon les chiffres publiés dimanche, les réserves ont accusé un nouveau recul, de 99 milliards.

Les autorités chinoises ont en outre pris une série de mesures pour dissuader les capitaux de quitter le pays. Les banques étrangères ont, par exemple, été appelées à moins proposer à leurs clients chinois d’investir à l’étranger, comme le confirmait en janvier le patron de Lombard Odier en Asie lors d’une rencontre avec la presse à Hongkong. La semaine passée, UnionPay, le plus grand système de cartes bancaires en Chine, a annoncé limiter à 5000 dollars le montant maximum d’une transaction avec ses cartes pour acheter un produit d’assurance. La contrainte existait déjà mais n’était pas appliquée. «N’oubliez pas chaque ressortissant ne peut retirer plus de 50 000 dollars par an», rappelle Christopher Woods. Mais si un Chinois sur vingt passe à l’acte, Pékin n’aura plus un dollar de réserve, a calculé l’économiste américain Kenneth Rogoff.

Selon la théorie, le yuan devrait s’apprécier puisque la Chine continue de dégager un fort excédent commercial. La défiance grandissante des acteurs économiques envers les autorités chinoises en décide autrement. D’autant que la logique de la politique de change échappe à plus d’un. La décision surprise l’été dernier, en pleine crise boursière, de laisser le yuan davantage aux forces du marché a ainsi surtout été perçue comme un moyen de soutenir les exportations. Réputé pour ses compétences, le gouverneur de la PBOC depuis 14 ans, essuie désormais de nombreuses critiques, dont celles de Christine Lagarde. À plusieurs reprises, la patronne du Fonds monétaire international (FMI) a jugé qu'«il y a un problème de communication», une pique aussi destinée à Pékin.

Protection commerciale

À Pékin, justement, le débat s’est enflammé après les propos de George Soros à Davos. Le pourfendeur des parités fixes y avait annoncé parier sur la chute du yuan. La propagande du parti communiste lui a répondu: «Réfléchissez à deux fois avant de déclarer la guerre» au renminbi, mais la PBOC est demeurée silencieuse. Pas plus ne monte-t-elle au front pour défendre sa nouvelle politique de changes instaurée en décembre. Quelques semaines après l’inclusion du yuan dans le cercle des monnaies de réserves du FMI, elle a annoncé gérer le cours de sa devise face à un panier de treize monnaies. Le dollar y pèse 26,4%, l’euro 21,39%, le franc 1,51%. Contre ce panier, le yuan a peu chuté, mais les acteurs financiers n’ont d’yeux que pour le cours face au billet vert.

«Cette faiblesse du yuan fait du bien aux usines qui affrontent la concurrence du Vietnam où les coûts sont bien plus bas», observe un industriel européen qui produit à Shenzhen. Qui ne s’étonne pas que le Japon vienne d’adopter des taux d’intérêt négatifs pour affaiblir le yen et protéger ses exportateurs.

Washington pourrait tout bouleverser

Hongkong, premier marché pour l’horlogerie suisse, subit aussi la situation car sa monnaie est fixée au dollar américain. L’ancrage fut sous pression en début d’année, mais il est défendu par les autorités monétaires hongkongaises. Toute baisse du yuan face au billet vert renchérit donc le marché horloger hongkongais, qui a chuté de 23% en 2015.

Le tourisme risque également d’être affecté. Quelque 100 millions de Chinois ont voyagé l’an dernier. Cependant, selon un sondage de CLSA auprès de 400 voyageurs chinois, près de la moitié d’entre eux se déplacerait moins ou seulement en Asie si le yuan perdait 10% de sa valeur. La Suisse pourrait donc en faire les frais. Elle arrive au 19e rang des destinations préférées des Chinois, selon CLSA. Mais elle sauterait à la 8e place si le budget voyage n’était pas un problème.

Les États-Unis pourraient cependant bouleverser la situation, avertit Christopher Woods. Car la faiblesse de la reprise américaine va conduire la Réserver fédérale «à revenir à un assouplissement de sa politique monétaire cette année». Cela mettrait un terme à la remontée du billet vert.

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