Wal-Mart, le géant américain de la distribution, a fini par céder: les syndicats sont désormais autorisés dans ses magasins chinois. Après des années de pression, c'est une victoire pour la Fédération nationale des syndicats de Chine (FNSC), un organisme sous contrôle étroit du pouvoir qui lutte pour conserver son influence alors que ses effectifs chutent proportionnellement au démantèlement des entreprises d'Etat.

Wal Mart se conforme à la loi locale à la veille de la libéralisation des supermarchés en Chine. Cette victoire a surtout valeur de symbole. D'abord parce que Wal-Mart a érigé en principe philosophique le refus de tous syndicats, les dirigeants prêchant la négociation directe avec les employés. Les syndicalistes américains et canadiens qui tentent d'obtenir les mêmes droits depuis des décennies dans leurs pays pourraient y voir un précédent. Il est toutefois peu probable que ce cas fasse école ailleurs.

Pour la FNSC, il s'agissait de cibler le porte-drapeau des multinationales qui refusent les organisations ouvrières. A Shanghai, par exemple, seules 25% des 19 600 entreprises à capitaux étrangers ont des représentants syndicaux. D'autres géants comme Dell, Samsung, Kodak, Kentucky Fried Chicken ou McDonald's refusent tous les syndicats.

Pas de syndicats libres

Pour les travailleurs, l'enjeu demeure toutefois insignifiant. Car en Chine, les syndicats fonctionnent comme des relais du parti ou, de plus en plus, de la direction d'entreprise. Ils sont rarement là pour s'opposer au patronat, pour demander des augmentations de salaires ou défendre les conditions de travail. Toute tentative de création de syndicat libre est par ailleurs aussitôt écrasée, avec le soutien des forces de l'ordre au besoin. «Les syndicats chinois sont très différents de ceux d'Europe, explique Xie Haiding, chercheur à l'Académie chinoise des sciences sociales. En Chine, on ne fait toujours pas de différence entre les intérêts du capital et du travail, entre les intérêts de l'employeur et de l'employé, entre ceux du pouvoir et du peuple. Pourtant, avec les réformes économiques, les contradictions sont de plus en plus fortes».

Les autorités toujours du côté du patronat

Ainsi, la Chine demeure une tache blanche sur la carte mondiale du syndicalisme. Les dirigeants chinois en ont fait un atout. Ce n'est pas un hasard si la République populaire est la première destination des investissements internationaux. En échange, le pouvoir propose la main- d'œuvre la moins la chère, la plus abondante et la plus flexible au monde. En cas de conflit, les autorités se rangent toujours du côté du patronat par soucis de préserver l'attractivité du pays. Le sacrifice des travailleurs chinois permet d'attirer les capitaux et les technologies qui aideront la nation à renouer avec la puissance.

Wal-Mart, en Chine, c'est 40 magasins et 20 000 employés. Quinze nouveaux points de vente sont prévus l'an prochain. C'est surtout quinze milliards d'achats de biens en tout genre pour approvisionner les rayonnages américains en 2003. Si Wal-Mart était un pays, ce serait l'un des dix principaux marchés d'exportation pour la Chine. Malgré la victoire de la FNSC, aucun gouvernement local en Chine ne voudra entrer dans un bras de fer avec un tel client. Wal-Mart a accepté la création de syndicat pour autant que la demande en soit faite. «Aucun de nos associés n'a soulevé le problème depuis 1996», précise à l'AFP Xu Jun, directeur des affaires extérieures de Wal-Mart Chine.

Le parti communiste refuse les syndicats libres par crainte d'un scénario à la polonaise et l'exemple de Solidarité. Ainsi, le droit de grève demeure interdit. «En théorie, la grève est inutile puisque nous sommes un pays socialiste, explique Xie Haiding. Si les ouvriers sont propriétaires du pays, ils luttent contre leurs propres intérêts en débrayant. Mais la Chine a changé. Le pouvoir et les chercheurs redoutent aujourd'hui le désordre. Parfois, trop de liberté provoque la destruction.»