Durant les dix-huit derniers mois, la Chine a massivement accru le nombre de ses centrales électriques fonctionnant au charbon. Elle peut désormais produire 1027 gigawatts au moyen de cette matière fossile, une hausse de 42,9 gigawatts, selon une étude de l’ONG Global Energy Monitor (GEM). Sur le plan mondial, les capacités atteignent 2024 gigawatts.

Pour le plus grand émetteur de CO2 du monde, il s’agit d’un revers de taille. «La consommation de charbon en Chine avait atteint un pic en 2013, à la suite duquel elle n’avait cessé de décliner, relate Lauri Myllyvirta, du Centre de recherche sur l’énergie et l’air propre. Le pays semblait prêt à se défaire de sa dépendance face aux énergies fossiles.»

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Mais à partir de 2017, sa consommation de charbon est repartie à la hausse, en raison d’un boom dans la construction de centrales électriques. «Un nouveau site est inauguré toutes les deux semaines en moyenne», souligne-t-il.

La plupart sont situés au nord-ouest du pays. «Trois provinces – la Mongolie intérieure, le Shanxi et le Shaanxi – produisent 70% du charbon consommé en Chine, note Aiqun Yu, qui a corédigé le rapport de GEM. Le gouvernement a décidé d’y créer des hubs regroupant l’extraction et la production d’électricité.»

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Décharger des villes noyées sous le smog

Une façon de réaliser des synergies mais aussi de décharger les villes de l’est du pays noyées sous le smog. Ces cités abritent une importante classe moyenne qui est de plus en plus mécontente face à la mauvaise qualité de l’air et pourrait à terme mettre en danger la stabilité du régime.

Grâce à cette politique d’exportation des émissions de CO2, le ciel est redevenu bleu à Pékin et à Shanghai. Mais à Shuozhou, la capitale du Shanxi, il est désormais gris. La présence de particules fines PM2,5 y a crû de 12% sur les six premiers mois de l’année, alors qu’elle chutait de 13% à Pékin.

Garantir la sécurité énergétique chinoise

Si la Chine a tant soif de charbon, c’est qu’elle craint pour sa sécurité énergétique, explique Aiqun Yu. «Elle préfère s’appuyer sur cette ressource abondante et bon marché plutôt que de dépendre d’importations gazières qui pourraient à tout moment être coupées», détaille-t-elle.

Le ralentissement économique subi par la Chine depuis deux ans a en outre débouché sur un paquet de mesures de relance comprenant notamment la construction de centrales électriques fonctionnant au charbon. L’impulsion pour bon nombre de projets est venue des autorités locales qui ne voulaient pas voir leur province s’enfoncer dans une récession. «Le gouvernement central a tenté à plusieurs reprises de freiner ou suspendre ces chantiers, mais ses ordres ont tout simplement été ignorés sur le plan local», indique Lauri Myllyvirta.

Quant aux énergies renouvelables, dont la Chine s’est faite la championne ces dernières années, elles ne suffisent pas à répondre à la demande. «Elles ne représentent encore que 15% du mix énergétique contre 60% pour le charbon», dit-il.

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Pic prévu en 2030

Les choix faits par la Chine ont des implications qui vont bien au-delà de ses frontières. Ce pays a, à lui seul, la capacité de faire dérailler l’Accord de Paris sur le climat, qui a pour but de contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C.

Pékin affirme que ses émissions de CO2 auront atteint leur pic en 2030, mais le gouvernement n’a pas indiqué comment il comptait y parvenir. «Tout se jouera en 2020 avec la publication du prochain plan quinquennal, qui contiendra des objectifs chiffrés précis jusqu’en 2035», relève Aiqun Yu.

Pour tenir les engagements de l’Accord de Paris, la consommation d’énergie produite à partir du charbon devra chuter de 85 à 90% sur le plan mondial d’ici là, selon le panel d’experts sur le climat de l’ONU.