Les armateurs grecs et chinois font alliance

Investissement Le chinois Cosco lorgne sur les ports du Pirée et de Thessalonique

Le premier ministre chinois Li Keqiang a su trouver les mots pour rassurer, vendredi, les principaux armateurs grecs. Présent sur le port du Pirée à Athènes, dont l’armateur Cosco exploite deux terminaux dans le cadre d’une concession de 35 ans, le numéro deux de la République populaire a profité de sa rencontre avec le premier ministre Antonis Samaras pour dire combien le trafic maritime entre la Chine et l’Europe est porteur d’avenir. «Nous voulons faire du Pirée le port le plus compétitif du monde», a asséné Li Keqiang lors du premier forum gréco-chinois pour les «politiques de la mer». Une promesse assortie d’un beau tableau de chasse: 19 contrats signés, pour 3,4 milliards d’euros.

Détermination chinoise

Jusque-là, les armateurs helléniques ne voyaient pas d’un très bon œil l’implantation dans leur pays du géant asiatique. Forts de leur poids dans l’économie – 1 650 000 employés et 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 3,5% du PIB – ils paraissaient résolus à garder leurs concurrents asiatiques à distance. Mais la détermination chinoise et la nécessité de consolider le trafic maritime transcontinental face à l’ouverture prochaine de liaisons ferroviaires et routières Europe-Asie via la Russie et le Kazakhstan semblent les avoir convaincus qu’ils n’avaient guère d’autre choix que de coopérer et de chercher à tirer le maximum de bénéfices pour leurs navires.

Le premier ministre Li Keqiang a confirmé lors de son séjour que Cosco, le mastodonte maritime de l’Empire du Milieu, participera aux appels d’offres pour les privatisations en cours du port du Pirée et de Thessalonique. L’hypothèse d’un investissement dans les chantiers navals est aussi évoquée, avec comme argument le positionnement géographique d’Athènes et, surtout, l’ouverture offerte par la Grèce sur le marché européen. Preuve de ce focus maritime, c’est en Crète que le chef du gouvernement chinois achèvera sa visite.

Du côté hellénique, le changement d’attitude vis-à-vis de la Chine est lié, affirment les experts, à une meilleure répartition des rôles. Complémentarité plutôt que compétition: «Les Chinois ont compris que les armateurs grecs, avec leur longue tradition de commerce en Afrique, sont des partenaires parfaits. Ils disposent d’antennes locales que Cosco mettrait des décennies à construire», juge un conseiller du ministre des Affaires maritimes Miltiades Varvitsiotis.

S’y ajoutent les pressions politiques: le gouvernement Samaras a renoncé à taxer les armateurs et a accepté en lieu et place une contribution fiscale volontaire de ces derniers. Mais il a besoin de l’argent chinois pour son programme de privatisations dont les résultats sont très éloignés des objectifs. Or les ports comptent parmi les actifs publics les plus intéressants pour les investisseurs internationaux. «L’avantage des Chinois est qu’ils ont l’argent pour investir et qu’ils font baisser les tensions politiques», poursuit notre interlocuteur, en pointant du doigt les grèves des dockers depuis plusieurs mois. Comment y parviennent-ils? «Ils savent soudoyer qui il faut pour ramener le calme. Les armateurs grecs, eux, ne peuvent pas le faire», avouait récemment à des journalistes Vassilis Antoniades, du Boston Consulting Group.