Jusqu’à présent, le secteur bancaire chinois était quasi exclusivement aux mains de l’Etat. Cette ­stratégie a été au cœur du développement de la Chine depuis trente ans, puisqu’elle a permis à Pékin de capter l’épargne des ménages à peu de frais et de la réorienter vers l’investissement des grands groupes à des taux défiant toute concurrence. Mais, parmi les réformes annoncées ces tout derniers jours, le gouvernement chinois promet désormais de laisser le secteur privé ouvrir des banques et d’autres types d’institutions financières.

Si les détails de cette réforme n’ont pas encore été annoncés, elle apparaît prometteuse pour la Chine, qui pourrait par ce moyen forcer son système financier à tendre vers une allocation des ressources plus rationnelle. Aujourd’hui, les banques publiques, protégées de la concurrence, se contentent le plus souvent d’allouer l’essentiel de leurs financements aux grands groupes d’Etat, rarement innovants, et parfois en situation de ­surcapacités. La perspective est d’autant plus prometteuse que la banque centrale vient de confirmer sa volonté de libéraliser progressivement les taux bancaires.

Les entreprises accourent

Ce changement de doctrine à Pékin suscite déjà l’intérêt de ­plusieurs entreprises. Le vendeur d’électronique et d’électroménager Suning, la société internet Tencent ou encore le conglomérat Wanda ont tous exprimé leur souhait d’ouvrir éventuellement des institutions bancaires. Quant à Alibaba, le numéro un du commerce en ligne, il fait preuve, depuis plusieurs mois, de créativité pour proposer des services financiers en ligne, très proches des ­métiers bancaires. Son modèle économique reposant sur la mise en relation de PME avec leurs clients, il compte proposer des financements à celles dont il connaît la solidité.

Reste à savoir si Pékin va opter pour une stratégie du big bang ou plutôt pour une ouverture très progressive. La deuxième option semble la plus réaliste: à l’heure où les interrogations se multiplient sur la qualité du bilan des banques chinoises, celles-ci verraient probablement d’un mauvais œil une explosion de la concurrence. Car cette dernière pourrait faire fuir les dépôts bancaires, qui demeurent le pilier de la solidité des mastodontes financiers chinois. pékin