La Chine ralentit plus vite que prévu

Croissance L’inflation est au plus bas depuis cinq ans, la banque centrale assouplit sa politique monétaire

Les exportations ont reculé de 3,3%en janvier et les importations ont chuté de 19,9%

Pékin l’annonçait depuis plusieurs mois. La «nouvelle normalité» de la croissance chinoise devient réalité. En janvier, l’usine du monde a vu ses exportations caler tandis que l’inflation est tombée à son plus bas niveau en cinq ans, selon les chiffres publiés lundi et mardi, respectivement.

Alors que les Chinois se préparent à fêter leur Nouvel An, la semaine prochaine, les prix à la consommation de nombreux biens reculent. C’est en particulier le cas de l’alimentation, qui contribue à près de la moitié de l’inflation, selon une étude de Credit Suisse diffusée à Hongkong. Les chiffres officiels montrent une baisse des prix du riz, du porc ou des œufs. Des baisses qui tiennent en partie à de bonnes récoltes, mais aussi à la chute du cours des matières premières, note la banque.

Au total, l’inflation a été plus limitée qu’attendu, à 0,8% en janvier, en rythme annuel, contre encore 1,5% en décembre. Pour Credit Suisse, la pression à la désinflation est «très étendue». Enfin, les prix à la production ont eux diminué de 4,3%, poursuivant une contraction amorcée il y a près de trois ans, notamment en raison de surcapacités.

Pour ce qui est du commerce extérieur, le moteur de la Chine depuis trois décennies, les exportations ont reculé de 3,3% en janvier, les importations de 19,9%, plus qu’attendu. Les analystes de Credit Suisse relèvent cependant l’effet matière première. Par exemple, la valeur de l’or noir importé s’est effondrée de 42%, en raison de la chute du cours mondial du brut.

Professeur d’économie à la City University de Hongkong, Kui-Wai Li relativise le fléchissement des exportations, généralement «plus faibles le mois qui suit Noël». Cela dit, leur contraction «va durer». Se pose alors la question de savoir «si la Chine peut réorienter rapidement son économie vers le marché intérieur», avance-t-il.

Or la baisse des prix à la consommation pourrait inciter les consommateurs à différer leurs achats pour réaliser de meilleures affaires ultérieurement. Et par là limiter la dynamique de la consommation sur laquelle Pékin mise d’autant plus que, pour ce qui est de la demande extérieure, la morosité en Europe et au Japon contrebalance le redémarrage des Etats-Unis. En 2014, le produit intérieur de la Chine a progressé de 7,4%, le moins bon résultat en vingt-quatre ans. Ce résultat se retrouve dans les chiffres que publient à présent les provinces chinoises. C’était lundi le cas de la plus grande par la taille de son PIB, le Guangdong. A Canton, le gouverneur Zhu Xiaodan a annoncé une croissance de 7,8%, sous les 8,5% visés, et le plus faible développement depuis 1989. Il a promis de lutter contre le chômage, officiellement passé dans les zones urbaines de 2,4 à 3,5% en une année. Son outil: la libéralisation du secteur des services et le rapprochement avec Hongkong et Macau. La plupart des économistes considèrent que ces réformes, qui suivent les recommandations de Pékin, prendront du temps avant de produire leurs effets. Ils s’en remettent alors à la banque centrale (PBOC) pour faciliter la transition.

D’autant plus que cette dernière a d’ailleurs procédé la semaine passée à un assouplissement surprise de sa politique monétaire, précisément pour soutenir la demande intérieure. La faiblesse de l’inflation lui laisse «plein de latitude» pour agir de nouveau, estime Credit Suisse. Un avis que partage aussi UBS dans une note publiée la semaine dernière. La banque aux trois clés imagine aussi la PBOC agir pour affaiblir le renminbi afin d’aider les exportations.

Stable face au billet vert depuis juillet dernier, la devise chinoise s’est toutefois appréciée de 10% vis-à-vis des autres monnaies, selon les calculs d’UBS.

La Chine peut-elle réorienter rapidement son économie vers le marché intérieur?