Tout d’abord, nous devons garder à l’esprit que l’économie chinoise a généré de l’inflation l’an dernier à la suite des plans de relance massifs des années 2008 et 2009. Or, la lutte contre l’inflation était le principal objectif du gouvernement. C’est pourquoi il a pris plusieurs mesures destinées à juguler l’inflation en imposant, notamment, des restrictions à l’achat immobilier, mesures qui ont eu pour effet de ralentir la croissance économique chinoise. Contrairement à l’année 2008, nous assistons aujourd’hui à un ralentissement provoqué par le gouvernement chinois. Lors du Congrès national populaire (National People’s Congress) qui s’est tenu en début d’année, les dirigeants chinois ont revu à la baisse leur objectif de croissance du PIB à 7,5%. Ils semblent se satisfaire de ce ralentissement qui contribuera à la réorientation souhaitée de l’économie et qui permettra à la Chine de gérer plus efficacement sa consommation de ressources.

En 2008, l’économie chinoise avait enregistré une contraction due à sa dépendance aux exportations à la suite des chocs externes provoqués par la crise financière internationale. 20 millions de travailleurs migrants qui avaient perdu leur emploi dans les industries exportatrices sont retournés chez eux à la campagne. Aussi, le plan de relance massif des années 2008 et 2009 avait pour objectif de lutter contre le chômage et d’éviter des troubles sociaux. Aujourd’hui, la Chine n’est pas aussi dépendante de ses exportations qu’en 2008. Pour preuve, les exportations nettes chinoises représentaient 7,5% de la croissance de son PIB en 2008, contre seulement 2,3% en 2011. Même si l’UE est le principal marché de la Chine à l’exportation et si les exportations vers l’UE ont diminué de 2% depuis le début de l’année, les exportations vers d’autres pays tels que les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud ont progressé de 12%, 9% et 8%, respectivement. Une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro affecterait généralement le financement du commerce international, pénalisant essentiellement le commerce chinois. Cependant, les investissements chinois en Grèce et le commerce avec la République hellénique sont relativement limités.

Nous devons également garder à l’esprit que la Chine doit rééquilibrer son économie afin de générer une croissance économique durable. Comme indiqué dans le 12e plan quinquennal, la Chine doit passer d’une croissance économique basée sur les exportations et les investissements en capital fixe à une croissance tirée par la consommation et l’innovation. Sur fond de ralentissement de l’économie, les dirigeants chinois devraient poursuivre les changements structurels nécessaires pour garantir la pérennité de la croissance économique, comme indiqué dans le 12e plan quinquennal et le Rapport de la Banque Mondiale «Chine 2030» publié début mars 2012. Compte tenu de la réorientation actuelle de l’économie chinoise d’une économie manufacturière intensive à une économie davantage tirée par la consommation et orientée vers les services, il ne sera pas surprenant de constater un recul de sa consommation d’énergie, comme en témoigne sa croissance de 3% pour le mois d’avril. Actuellement, la contraction de son industrie métallurgique partiellement attribuable à une offre excédentaire d’acier influe bien entendu sur sa consommation d’énergie dont ce secteur est friand. Le secteur des services semble se développer, ce qui constitue une bonne nouvelle pour l’économie chinoise car il absorbe généralement une part plus importante de la main d’œuvre et il consomme moins d’énergie que les industries lourdes.

Les leaders chinois ont changé de ton à l’égard du développement économique en fin d’année dernière et ont commencé à utiliser l’expression «croissance avant tout». Aujourd’hui, le slogan du gouvernement est «Une politique budgétaire proactive et une politique monétaire prudente afin de soutenir la croissance». Mais qu’entend-il vraiment par là? Les leaders chinois sont réputés pour agir rapidement quand leur pays rencontre des difficultés économiques, essentiellement parce que la croissance est la principale source de légitimité du Parti communiste. Cette importance accordée à la croissance économique a, jusqu’ici, incité le gouvernement à adopter des mesures de politique keynésienne, à l’image des grands plans de relance entrepris lors des précédentes crises économiques. Durant la crise asiatique de 1997, le gouvernement chinois a lancé un programme d’investissement massif dans les infrastructures et des politiques similaires ont été adoptées en 2008. Cette fois-ci, nous ne nous attendons pas à ce qu’un plan de relance extraordinaire soit annoncé. Cependant, si l’économie rencontrait de grandes difficultés et si le chômage augmentait rapidement, un plan de relance de plus grande ampleur serait envisageable.

Il est encourageant de constater que la Chine n’a pas encore lancé de grand plan de relance comme en 2008. En effet, ces programmes engagent généralement des investissements parfois peu judicieux (les pessimistes à l’égard de la Chine parlent de villes fantômes, de routes qui ne mènent nulle part, etc.) et augmentent le volume de créances douteuses et la corruption. Cette fois-ci, la Chine a annoncé qu’elle souhaitait encourager les investissements privés dans les projets d’infrastructures, ce qui pourrait s’avérer positif. En effet, les investisseurs privés sont davantage susceptibles d’investir dans des projets efficaces que les gouvernements locaux obnubilés par le maintien d’une croissance économique élevée.

S’agissant du volet «consommation», plusieurs programmes de relance sont prévus. Citons par exemple le programme de subventions à l’achat d’appareils ménagers économes en énergie, d’un montant de RMB 26,5 milliards, et le programme de subventions à l’achat de véhicules hybrides d’un montant de RMB 6 milliards.

S’agissant du volet «politique monétaire prudente», la PBOC a diminué une fois les ratios de réserves obligatoires des banques. La plupart des analystes tablent sur deux à trois réductions de ces ratios durant l’année dans le but d’accroître la liquidité. Les taux courts sont également en baisse et les crédits devraient augmenter pour atteindre l’objectif annuel d’environ RMB 8000 milliards. Aujourd’hui, la PBOC a rabaissé de 25 pb ses taux de prêt et de dépôt, un autre moyen de stimuler les marchés du crédit. Enfin, les conditions d’octroi des emprunts immobiliers sont actuellement durcies afin d’éviter la formation d’une bulle immobilière.

Dans ce contexte, doit-on s’en faire pour l’économie chinoise? Je ne pense pas qu’il faille trop s’en faire sur le court terme. Grâce à ces plans de relance, la croissance de son PIB devrait se redresser et renouer avec un rythme d’environ 8% par an, après une baisse au 2e trimestre qui devrait s’établir dans une fourchette comprise entre 7 et 7,5%. À moyen et long terme, il est important que la Chine engage des réformes afin de restructurer son économie. À ce titre, nous pensons qu’il serait peu judicieux de lancer un plan de relance de grande échelle tel que celui de l’année 2008, ce dont les législateurs chinois semblent avoir conscience.

*Economiste spécialiste de l’Asie chez East Capital