Ils espéraient que huit années de négociation ne seraient pas balayées d’un revers de la main. Les responsables australiens, malaisiens ou encore japonais avaient multiplié ces derniers jours les appels à Donald Trump pour qu’il ne tienne pas une de ses promesses de campagne. Ils en ont été pour leurs frais.

Cette nuit, le président élu a annoncé que les Etats-Unis se retireraient du Traité commercial transpacifique (TPP) dès son «premier jour» à la Maison-Blanche. Cet accord abaisse non seulement les droits de douane, il fixe aussi une série d’exigences concernant le travail, la sécurité alimentaire ou encore l’environnement.

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Couvrant douze pays pesant 40% du PIB mondial et un tiers du commerce international, le TPP est souvent présenté comme le traité le plus ambitieux conclu ces dernières années. Cependant, pour Donald Trump, il est une «catastrophe potentielle pour notre pays», a-t-il expliqué, ajoutant qu’il souhaite «à la place, [négocier] des traités commerciaux bilatéraux et justes qui ramèneront les emplois et l’industrie sur le sol américain».

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Ce week-end, le premier ministre du Japon, un des signataires du TPP, a déclaré que sans la participation de la première puissance économique mondiale, le traité perdait «tout son sens». Le premier ministre néozélandais, autre signataire, a exprimé le «profond désespoir» provoqué par les opinions de Donald Trump sur le commerce. Il a aussi annoncé se tourner davantage vers la Chine en réaction au protectionnisme américain.

La Chine était exclue

Cheville ouvrière du TPP, «Barack Obama voulait faire revenir les Etats-Unis en Asie, en prenant cette région sous leur aile grâce au commerce», analyse Li Kui-Wai, professeur d’économie à la City University de Hongkong. L’accord excluait d’ailleurs la Chine, à dessein. «A présent, les Etats-Unis joueront les pays les uns contre les autres via des accords bilatéraux, à leur seul avantage.»

Ce week-end à Lima, les vingt et un membres de l’APEC, l’association qui rassemble les pays de l’Asie-Pacifique, se sont inquiétés de ce vent protectionniste venu des Etats-Unis. Une inquiétude qui a aussi gagné la Suisse. Lundi à Berne, le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann a reconnu qu’«en quelques semaines, Donald Trump a fait exploser l’orthodoxie libre-échangiste des républicains». La Suisse, qui a déjà un accord de libre-échange avec la Chine, misera désormais davantage sur des accords bilatéraux avec l’Inde, le Vietnam ou l’Indonésie, a-t-il expliqué.

Cette nouvelle dynamique a réduit au rang de figurant Barack Obama, qui participait à son dernier sommet de l’APEC. A l’inverse, son homologue chinois a tiré parti de la situation. Xi Jinping s’est posé en défenseur du libre-échange, et de la prospérité qui l’accompagne. «La Chine ne fermera pas la porte au monde, mais l’ouvrira encore plus en grand», a-t-il déclaré.

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Pékin a son propre projet d’accord

La deuxième économie de la planète tend déjà les mains aux pays de la région. Elle négocie aussi un accord commercial, appelé RCEP. Moins ambitieux que le TPP, puisqu’il vise principalement à réduire les seuls droits de douane, il implique l’association des nations du sud-est asiatiques (ASEAN) et leurs six partenaires économiques privilégiés, dont l’Inde, la Corée et le Japon, soit au total près de la moitié de la population mondiale.

Pour étendre son influence, Pékin compte en outre sur son programme de la nouvelle route de la soie, qui prévoit de construire des infrastructures routières et maritimes jusqu’en Europe.

A présent, la Chine se retrouve en position de force puisque les pays d’Asie et du Pacifique ne peuvent plus utiliser l’Amérique pour lui faire contrepoids. C’est particulièrement vrai pour l’ASEAN, souligne Harry Sa, dans un commentaire diffusé hier. Car malgré leurs 600 millions d’habitants, près de deux fois la population des Etats-Unis, ces pays manquent de «vision commune et de volonté politique», pointe le chercheur de la S. Rajaratnam School of International Studies (RSIS) à Singapour.

Pour défendre son accord commercial, Barack Obama avançait que si les Etats-Unis n’écrivaient pas les règles du commerce, la Chine s’en chargerait. Le TPP n’est toutefois pas forcément complètement enterré, conteste Li Kui-Wai. «Le retrait de l’accord va coûter politiquement cher aux Etats-Unis auprès de leurs partenaires. Peut-être que, dans quelque temps, Donald Trump reviendra avec des amendements qui rendront alors le TPP acceptable», imagine l’universitaire.