Football

La Chine à la rescousse du championnat italien

Un consortium s’apprête à racheter 80% des parts de l’AC Milan à son fantasque propriétaire Silvio Berlusconi. La botte s’en remet aux investisseurs étrangers pour redorer ses joyaux footballistiques

Le football milanais s’en remet aux investisseurs chinois. Après le rachat début juin de l’Inter Milan par le géant industriel Suning, c’est désormais son éternel rival le Milan AC qui pourrait passer en mains chinoises. Un consortium négocie actuellement le rachat de 70% des actions du club détenu par Silvio Berlusconi, a informé vendredi le quotidien China Daily en mentionnant une source proche des négociations.

Boudé par le public et les grands joueurs, le championnat italien cherche de l’argent frais pour rester compétitif sur la scène internationale. C’est là tout le paradoxe. Alors que la «squadra azzura» – un collectif sans joueurs stars – s’est inclinée samedi sans démériter face aux champions du monde allemands à l’Euro 2016 (6-5 aux tirs aux buts), les clubs italiens restent, eux, à la traîne dans les grandes compétitions. Il n’y a guère que la Juventus de Turin – vainqueur des cinq dernières éditions du championnat italien – qui puisse encore frayer avec les grands clubs européens.

Un effectif de seconds couteaux

L’AC Milan – septuple vainqueur de la Coupe d’Europe – n’est plus qu’une pâle copie de lui-même. Septièmes lors du dernier championnat, les joueurs lombards seront contraints pour la troisième année consécutive de regarder la plus grande compétition européenne à la télévision. La faute à un effectif limité, composé principalement de seconds couteaux comme le dissipé attaquant Mario Balotelli ou de joueurs sur le déclin.

A bientôt 80 ans, l’ancien premier ministre italien Silvio Berlusconi – qui détient le club depuis 30 ans à travers sa société Fininvest – ne semble plus en mesure d’inverser la tendance. L’homme d’affaires a déjà investi des dizaines de millions d’euros de sa fortune personnelle pour éponger la dette du club lombard. Rien n’y fait. La saison dernière, la perte financière a atteint 90 millions d’euros.

Crise structurelle pour le football italien

Au-delà de ce cas particulier, c’est l’ensemble du football italien qui vit une crise structurelle, estime Raffaele Poli, responsable de l’Observatoire du football, au Centre international d’étude du sport (CIES) à Neuchâtel. «Un virage a été raté dans les années nonante. Les clubs italiens n’ont pas saisi l’évolution des infrastructures et la nécessité de mieux se vendre à l’étranger. Face à l’inflation des droits TV en Angleterre, il n’a plus d’autre alternative que d’être racheté par des grands groupes prêts à consentir à des investissements importants pour remettre ces équipes à flot», estime-t-il.

Des sommes devenues accessibles uniquement aux fonds qataris et émiratis (qui financent le FC Barcelone, le Paris Saint-Germain ou Manchester City) ou aux grands groupes chinois. «Pour avoir une chance de gagner la Ligue des champions, il faut miser sur un budget annuel de 300 à 400 millions d’euros. En dessous, il n’y a que l’Atlético Madrid qui est encore compétitif dans la plus grande compétition européenne», explique Raffaele Poli qui a mené une étude en la matière.

Le mécène, espèce en voie de disparition

Début juin, l’Inter a été racheté pour 270 millions d’euros (293 millions de francs suisse au cours actuel) après que Massimo Moratti, son patron historique (de 1995 à 2013), a accepté de céder ses dernières parts au groupe Suning qui a annoncé vouloir rendre le club «plus international». Le «Cavaliere» Silvio Berlusconi pourrait céder le contrôle du Milan AC pour 750 millions d’euros (814 millions de francs), dette comprise, selon les estimations de Reuters. La figure du grand mécène italien, patron de club de football, pourrait bien devenir une espèce en voie de disparition.


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