La Chine rêve d’une autre croissance

Pays émergents Le Forum économique mondial tient son 7e «Davos de l’été» à Dalian

Patrons et politiques réfutent les risques d’effondrement de l’économie

Ils veulent mieux distribuer les ressources produites

D’un côté, le 39e étage de l’Hôtel Conrad offre une vue imprenable sur une série de tours encore en construction. Plusieurs chantiers paraissent à l’arrêt, rappelant les dizaines d’immeubles qui semblent vides aux abords de Dalian.

De l’autre côté du palace, le regard plonge sur la mer Jaune et le tout nouveau centre des congrès dessiné par l’Autrichien Wolf Prix. Ce bâtiment en forme de coquillage, fait d’acier et de panneaux solaires, accueille jusqu’à ce soir le Forum économique mondial (WEF). Ce dernier organise la septième réunion consacrée aux «nouveaux champions» dans cette ville de plus 6 millions d’habitants située à 1h30 d’avion de Pékin, dans la province autrefois dirigée par le «prince rouge» Bo Xilai, dont le procès pour corruption vient de s’achever.

Ce mercredi matin, dans un salon du Conrad, entre Wang Jianlin. Cet ancien soldat a été classé le même jour l’homme le plus riche de Chine par le Hurun Research Institute, avec une fortune estimée à 22 milliards de dollars. A 59 ans, l’homme qui s’installe dans un grand fauteuil rouge face à des journalistes pour l’essentiel chinois préside Wanda Group, une multinationale créée en 1988 active notamment dans l’immobilier et l’hôtellerie de luxe affichant des ventes de 48 milliards de dollars. L’économie chinoise fonce-t-elle dans le mur, en raison notamment de sa bulle immobilière, comme le redoutent de nombreux économistes occidentaux? «Ces craintes sont émises par des personnes qui viennent passer quelques jours ici, forment un jugement rapide et rentrent chez elles sans avoir compris le modèle chinois!» s’emporte-t-il dans une réponse que son assistant traduit en anglais. «La bulle n’est pas un problème pour la Chine. Le marché peut absorber ces constructions. Seuls 52% de la population vivent en ville [ndlr: 75% en Europe], l’urbanisation va donc continuer et tirer la croissance du pays.»

La question du ralentissement de la deuxième économie du monde se trouve malgré tout au cœur des discussions de ce qu’on surnomme le «Davos de l’été». Après trente ans d’une croissance proche des 10%, le produit intérieur brut (PIB) ne progresse plus que de quelque 7,5%. La dette cumulée du gouvernement, des entreprises et des ménages est passée de 130% du PIB en 2008 à 200% actuellement. La dépendance de l’économie aux exportations et aux investissements ainsi que la hausse du coût du travail inquiètent aussi.

Pourtant, le message émis à Dalian est tout autre. Au cours d’une conférence consacrée aux risques que court la Chine, Wang Yiming, vice-président de la Commission nationale du développement et des réformes, a comme d’autres relativisé l’importance de la croissance du PIB: «Elle a fourni un bon indicateur de la santé du marché du travail, parce que l’emploi a longtemps été très corrélé à cette croissance. Or ce lien se relâche, et certains concentrent encore trop leur attention sur elle.»

Le premier ministre Li Keqiang est lui aussi venu passer le message: «Je peux dire avec certitude que la situation est sous contrôle.» A ses côtés lors de la soirée inaugurale, Klaus Schwab, le président du WEF, a clamé: «Depuis 1977, lorsque je suis venu pour la première fois en Chine, une leçon s’est répétée encore et encore: les pessimistes se sont toujours trompés. […] La Chine mérite notre confiance.»

Pour les intellectuels et chefs d’entreprises chinois qui participent au Forum, le débat ne porte pas sur un risque d’explosion de l’économie, mais sur sa transformation jugée unanimement nécessaire. Li Keqiang a d’ailleurs affirmé vouloir «continuer les réformes et l’ouverture [de l’économie], avec en priorité la stimulation du marché». Avec un but: permettre l’innovation qui apportera un soutien à la croissance et le développement de la consommation.

Le système financier fait aussi l’objet de toutes les attentions. Pour Li Ming Shieh, président de China Guangfa Bank, une des vingt plus grandes banques du pays, «la libéralisation des taux d’intérêt est inévitable, car il se produit trop de distorsions. Cependant, elle n’interviendra que lorsque les banques seront prêtes.» Certains ne voient pas avant 2015 un tel changement qui, s’il permettrait d’allouer plus efficacement les capitaux, mettrait à court terme en difficulté ceux qui ont emprunté au-delà de leurs moyens.

La confiance dans le système économique et politique revient aussi comme un leitmotiv. «La recette d’une croissance à long terme, c’est la sécurité, résume Lin Yu, PDG de NQ Mobile, société de services en ligne. Sans elle, la consommation chutera. Il s’agit de sécuriser non seulement la qualité des produits, mais aussi la santé et la retraite. Cela concerne encore Internet et l’information.» L’accès à Google.com et Facebook est par exemple impossible.

«Dans l’immédiat, la réforme du système politique sera déterminante dans la réussite ou l’échec de la Chine. Nous devons devenir plus productifs, explique Zhang Haibin, professeur à l’Ecole des études internationales de l’Université de Pékin. A plus long terme, cependant, le changement climatique et le développement durable sont essentiels.»

«Les pessimistes se sont toujours trompés. […] La Chine mérite notre confiance»