Les salaires s’envolent

Inflation. Le mot revient inévitablement dans la bouche de ceux qui travaillent au quotidien avec la Chine, plus précisément avec ses salariés. Car si les nouveaux ingénieurs diplômés se comptent par centaines de milliers, voire par millions, chaque année, le personnel qualifié, opérationnel, avec une expérience pratique, bref, prêt-à-l’emploi, est une denrée rare. Très demandés, ces profils sont chers à débaucher. Et pas forcément très fidèles.

Après une hausse moyenne des salaires de 10,7% en 2013, ceux-ci devraient augmenter de 10 à 15% cette année, selon diverses esti­mations. «La concurrence est dantesque, résume Gérald Béroud, le fondateur du site d’informations Sinoptic. Pour parvenir à conserver les employés qualifiés, il faut faire valoir non seulement le niveau de salaire, mais aussi les bonus, les possibilités de formation, la cantine, les loisirs ou encore les voyages d’entreprise», énumère ce spécialiste. Dans le secteur privé, en milieu urbain, le salaire moyen atteint environ 30 000 yuans, soit presque 4300 francs. Par an.

Mais il n’y a pas que chez les cadres formés que les exigences financières augmentent. Depuis le bas, le mouvement est soutenu par Pékin. L’un des grands objectifs du plan gouvernemental 2011-2015 est un rééquilibrage progressif ­entre exportations et consommation domestique. Puisqu’il s’agit d’augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs chinois, il a été décidé que les salaires minimaux ­de­vaient augmenter de 13% par an.

Le minimum légal a doublé

Début avril, dans la région de Shanghai, le salaire minimum a été relevé à 1820 yuans par mois, soit 262 francs. Il est désormais le plus haut du pays. A Shenzhen, en février, le seuil a lui aussi été rehaussé, pour atteindre 1808 yuans (259 francs). Sept régions ont déjà fait de même cette année, se félicite le China Labour Bulletin, une ONG sise à Hongkong qui défend les droits des employés chinois.

L’organisation déplore néanmoins que le salaire minimum soit encore bien en dessous des recommandations en vigueur (40 à 60% du salaire moyen). Et de citer l’exemple de Pékin, où le seuil minimum est quatre fois inférieur à la moyenne (chiffres 2011).

Il n’empêche que, en une dé­cennie, le salaire minimum a ­doublé dans le pays. Le salaire moyen, lui, a triplé. «Ce qui suscite des questions sur la fin de la «main-d’œuvre bon marché», écrit l’Organisation mondiale du travail dans son dernier rapport. Le phénomène est tel qu’il pousse en tout cas de grands industriels à fuir pour délocaliser en Asie du Sud-Est, au Vietnam par exemple, où les salaires sont au moins 50% plus bas.

Ce qui pourrait constituer un risque pour la santé de l’économie chinoise sert en fait l’un des objectifs de Pékin: réduire le poids d’activités industrielles, manufactu­rières, lourdes et polluantes, tout en augmentant la part des activités de services et de la production de biens à plus haute valeur ajoutée.