Conjoncture

La Chine sauve sa croissance avec plus de dette

Le yuan reste sous pression, alors que l’administration Trump veut un dollar fort

Il y a une année, la Chine venait de vivre son deuxième krach boursier en six mois tandis que le yuan poursuivait sa glissade face au dollar. Un atterrissage brutal de la croissance de la deuxième économie du monde devenait un scénario crédible. Et pourtant, les chiffres publiés vendredi ont déjoué les prévisions des Cassandre.

En 2016, le produit intérieur brut (PIB) de la Chine a crû de 6,7%, selon le Bureau national des statistiques. La croissance se situe donc au milieu de la fourchette visée par le gouvernement, entre 6,5% et 7%, et en ligne avec les dernières prévisions des économistes.

Certes, ce niveau est le plus bas depuis vingt-six ans, mais la catastrophe redoutée ne s’est pas produite. Le quatrième trimestre a même connu une reprise de la conjoncture (6,8%). Dans une note diffusée vendredi, Credit Suisse a souligné le «saut de la croissance nominale» après des années de décélération. La remontée des prix à la production, qui marque la fin de la déflation dans l’industrie, devrait avoir un impact positif sur la rentabilité des entreprises.

Croissance achetée à crédit

Cependant, la croissance a été achetée à crédit. En outre, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche renforce les incertitudes sur le yuan et les exportations chinoises.

La dette d’abord. Lundi, le Fonds monétaire international s’est inquiété de la «dépendance» de la Chine aux mesures de relance, de la rapide croissance du crédit et des «progrès lents» pour désendetter les entreprises publiques. Une situation qui augmente le risque d’un «ajustement disruptif». Bloomberg a calculé que la dette totale chinoise a presque quintuplé en dix ans. Elle devrait se situer à 277% du PIB fin 2016, complète Reuters. Ce crédit a notamment permis de soutenir l’immobilier. L’an dernier, le prix moyen des nouveaux logements a augmenté de 12,4%, déjouant ainsi les pessimistes qui jugent que le marché est en surchauffe et qu’une bulle va éclater.

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Le yuan ensuite. Il s’en est fallu de peu pour que les réserves de changes chinoises ne passent sous le seuil symbolique des 3000 milliards de dollars, loin de leur pic de presque 4000 milliards en juin 2014. Entre janvier et décembre 2016, ces réserves ont fondu de 320 milliards, essentiellement en raison des efforts de la banque centrale (PBOC) pour soutenir le yuan, comme le reconnaissait début janvier SAFE, l’agence chinoise chargée des changes. La bataille est aussi visible à Hongkong. Début janvier le taux interbancaire pour le yuan «offshore» a dépassé les 100%, son plus haut niveau depuis le krach de janvier 2016, avant de retomber sous les 15%.

Pression sur le yuan

Le ralentissement de la croissance, le besoin de diversification des Chinois ainsi que la remontée des taux d’intérêt aux Etats-Unis expliquent la pression sur la devise chinoise. En une année, elle a perdu près de 7% contre le dollar, et 5% contre le franc (à 6,8 yuans pour un franc hier). Au début du mois, la PBOC a placé la stabilité du yuan en tête de ses priorités, souhaitant une devise «stable» et à un niveau «raisonnable». La tâche s’annonce délicate. Comme pour préparer le terrain, l’agence officielle Xinhua a écrit que le seuil des 3000 milliards de réserve n’était guère important.

La pression ne risque pas de se relâcher. La banque centrale américaine devrait encore relever ses taux directeurs cette année. En outre, la nouvelle administration Trump se présente en faveur «d’un dollar fort», a déclaré jeudi le futur secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin.

Dépendant des exportations

Les exportations enfin. Si la faiblesse du yuan va rendre moins chers les produits fabriqués en Chine, la guerre commerciale que pourrait déclencher Donald Trump pèse sur la Chine, comme s’en est inquiété cette semaine à Davos le président Xi Jinping. Même si elle change de modèle, l’économie chinoise reste dépendante des exportations, qui représentent près du quart du PIB. Pour relâcher un peu de pression, les analystes s’attendent à ce que Pékin abaisse son objectif de croissance. Mais tout sera fait pour maintenir l’économie à flot pour le très attendu 19e congrès du parti communiste chinois, en fin d’année.

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