Le yuan s'est déprécié pour la quatrième journée consécutive face au dollar. Après un décrochement de 0,67% lundi, sa plus importante depuis juillet 2005, la monnaie chinoise a de nouveau enregistré mardi une légère baisse vis-à-vis de la monnaie américaine. La chute de lundi a été provoquée par le changement brutal de la valeur de référence du yuan par rapport au dollar, fixée chaque matin avant l'ouverture des marchés par les autorités pékinoises. Depuis début octobre, le yuan était établi autour de 1 yuan pour 6,8300 dollars mais, lundi matin, la Banque centrale chinoise l'a relevé à 6,8505, engendrant une forte spéculation.

Le timing de cette opération paraît au premier abord très étonnant. Jeudi, le secrétaire d'Etat américain au Trésor, Henry Paulson, entamera en effet à Pékin ses rencontres bisannuelles avec les autorités chinoises. Comme il l'avait annoncé avant son départ des Etats-Unis, le yuan occupera encore, et comme toujours, une place centrale dans leurs discussions. Washington demande expressément que le yuan poursuive son appréciation par rapport au billet vert (celle-ci a atteint 6,1% depuis le début de l'année) afin de favoriser un rééquilibrage de leur balance commerciale bilatérale.

Pourtant, cette décision semble bien faire partie d'une vaste campagne de désinformation de Pékin, ou plutôt d'une campagne visant à exagérer les difficultés économiques actuelles de la Chine. Ces dernières semaines, tous les commentateurs chinois autorisés, au premier rang desquels des ministres et même dimanche le premier homme du régime le premier secrétaire du Parti Hu Jintao, n'ont de cesse d'annoncer le pire à venir pour leur pays. Ce type de comportement, de la part d'une direction peu accoutumée à annoncer des catastrophes à venir, paraît très suspect. Pékin cherche en effet tout simplement à répandre l'argument d'une Chine non immunisée contre la crise pour se décharger du rôle de sauveur que voudraient lui faire prendre ses partenaires commerciaux occidentaux. Ce n'est qu'alors qu'elle pourra mener sa politique économique à sa guise et répondre sans pression extérieure aux grosses difficultés qui s'annoncent.

Agir dans l'urgence

Du coup, la raison de la publication de statistiques très négatives sur le secteur manufacturier chinois le même jour que le changement de politique monétaire devient bien plus limpide: elle vise à conforter cette idée d'une Chine obligée d'agir dans l'urgence, presque dans la panique, et donc à calmer la colère des visiteurs américains.

Le très officiel chercheur de l'Académie des sciences sociales Pei Changhong pouvait alors hier justifier sans crainte le choix de Pékin: «La politique du taux de change de la Chine devrait enregistrer un ajustement au moment où les exportations faiblissent. Le yuan a progressé d'environ 20% par rapport au dollar (depuis 2005, ndlr), il est normal qu'il y ait des ajustements. C'est une question stratégique.» Henry Paulson et ses hommes n'y pourront rien redire.