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La Chine se rapproche de la finance internationale

Les bourses de Shanghai et de Shenzhen font désormais partie de l’indice MSCI des pays émergents. Il s’agit d’une étape dans l’internationalisation financière du pays qui devrait capter davantage d’investissement

La Chine avait été refoulée trois années de suite. Mais, cette fois, MSCI a laissé les actions «A», cotées en yuans sur les bourses de Shanghai et de Shenzhen, entrer dans le cercle restreint de son indice des pays émergents (MSCI EM), qui sert de référence à des centaines de milliards de dollars de produits financiers.

En deux temps, mai et août 2018, la société américaine intégrera au total 222 actions dans son indice, dont elles représenteront 0,73%. Cette proportion pourra augmenter à mesure que l’ouverture de la Chine aux investisseurs étrangers progresse, a expliqué MSCI, qui a rendu sa décision mardi soir, grâce à l’appui de la majorité des grands gérants d’actifs de son comité.

Cette décision «illustre la confiance des investisseurs internationaux envers une économie chinoise stable avec des perspectives positives», s’est réjoui Zhang Xiaojun, porte-parole de la Commission chinoise des opérations de bourse, cité par l’AFP. La société américaine a surtout salué les progrès réalisés, en particulier l’assouplissement des restrictions pour les investisseurs étrangers et la mise en place du programme Stock Connect qui lie les bourses chinoises et hongkongaises.

Etape de l’internationalisation

A cette annonce, les bourses de Shanghai et de Shenzhen ont respectivement engrangé 0,52% et 0,43%. L’indice CS300, qui intègre les plus grandes capitalisations des deux places, a même atteint son plus haut en 18 mois. Ce feu vert était considéré comme une étape symbolique majeure dans l’internationalisation financière du pays.

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Et comme le signal d’un afflux de fonds. Selon les experts de HSBC, les places devraient voir arriver 18 milliards de dollars avant même l’inclusion effective des titres. Ils viendront des ETF qui reproduisent l’indice MSCI EM et devront adapter leurs positions et des gérants actifs. Le montant est toutefois modeste par rapport à la taille du marché actions, le deuxième plus important du monde après les Etats-Unis et leur marché boursier de quelque 32 000 milliards de dollars, avec 7000 milliards de capitalisation. Par rapport aux transactions quotidiennes aussi: 58 milliards sur la seule séance de mardi.

Plus que les effets de court terme, c’est le commencement d’un processus qui marque les experts. Selon Nick Beecroft, spécialiste des actions asiatiques chez T. Rowe Price, «la profondeur du marché des actions A est telle que la Chine va gagner un poids substantiel dans le MSCI, pour autant que l’ouverture continue». Les investisseurs devront donc se pencher davantage sur ce marché «aux attributs uniques», poursuit-il. Car le marché chinois et ses plus de 3000 titres est tout aussi immense que mystérieux pour la plupart des investisseurs. Les banques internationales les plus actives n’en suivent qu’une minorité. UBS et Credit Suisse, qui se trouvent dans le top cinq, n’en couvrent respectivement que 208 et 150.

Afflux de 500 milliards

HSBC abonde: «L’inclusion dans le MSCI et les réformes en Chine devraient faciliter l’entrée de fonds étrangers vers les actions à hauteur de 500 milliards de dollars d’ici cinq à dix ans.» De même, la proportion d’investisseurs étrangers dans les entreprises chinoises, jusqu’ici évaluée à 2%, pourrait monter à 10% au cours des dix prochaines années.

Jusqu’ici, les investisseurs intéressés par les entreprises de l’Empire du Milieu se concentraient sur celles cotées à Hongkong ou aux Etats-Unis, comme le géant de l’e-commerce Alibaba. Avant cette décision, le MSCI comptait ainsi déjà 27% d’actions liées à la Chine. Leur performance a d’ailleurs été plus solide depuis le début de l’année, si l’on en croit les 16,8% de hausse de l’indice de grandes capitalisations de Hongkong, face au 1,3% de celui de Shanghai et la baisse de 4,5% de celui de Shenzhen. Mais les actions A constituaient la dernière frontière, celle qui séparait les investisseurs du potentiel du marché intérieur chinois et son 1,3 milliard d’habitants. Après cela, comment les gérants d’actifs émergents pourront justifier de ne pas être en Chine, s’est ainsi demandé Rakesh Patel, responsables des actions Asie-Pacifique chez HSBC.

MSCI a en revanche retiré le Nigeria et refusé l’Argentine, mais a mis l’Arabie saoudite sous observation pour une future intégration.

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