Les années passent, les scandales changent mais le mode de fonctionnement de l'appareil d'Etat chinois ne bouge pas d'un iota. Mardi, l'ancien responsable de l'administration de la nourriture et des médicaments, Zheng Xiaoyu, a été condamné à mort par la Cour de justice de Pékin. Accusé de corruption, il aurait touché plus de 800000 francs contre l'accord de commercialisation de centaines de produits non testés.

Cette décision judiciaire, censée servir d'exemple, intervient alors que la Chine est touchée par une grave crise alimentaire. Une crise qui, au-delà des questions politiques et sanitaires, pourrait avoir de sérieuses répercussions économiques: l'Empire du Milieu est en effet devenu le premier producteur mondial de produits de la pêche et d'aquaculture, et l'un des premiers exportateurs mondiaux en la matière mais aussi d'ails, de champignons et de fruits.

Deux sociétés chinoises, fournisseurs de protéines à base de blé au premier producteur américain de nourriture en conserve pour chat et pour chien, sont pointées du doigt pour avoir provoqué la mort de plus de 4000 animaux outre-Atlantique. Les analyses des échantillons de nourriture incriminés ont en effet révélé la présence de mélamine, un produit chimique utilisé dans l'industrie et probablement employé ici pour accroître de manière artificielle le taux de protéine dans la nourriture afin de remplir les critères américains en matière de nourriture animalière.

Comme par un mauvais hasard, les incidents éclatent depuis aux quatre coins de la planète. Panama et la République dominicaine viennent de retirer de la vente près de 50000 tubes de dentifrice produits par deux sociétés chinoises. Ils contiendraient du diéthylène glycol, un dérivé de l'éthylène notamment utilisé dans la composition des antigels. Ce produit, substitué dans du sirop contre la toux à de la glycérine (plus coûteuse), avait déjà provoqué la mort d'au moins 51 personnes à Panama l'an dernier.

Ces cas, indicateurs des pratiques chimiques et commerciales chinoises, ne s'avèrent être ni isolés ni nouveaux. En 2004, treize nourrissons sont morts et des centaines ont subi de graves malformations après que des hommes d'affaires sans scrupule ont placé des ingrédients sans aucun rapport avec les aliments habituels dans la composition de lait en poudre. Les autorités s'étaient alors rendu compte qu'au moins 10% des producteurs de lait en poudre ne respectaient pas les critères nationaux, sans que cela ne provoque de révolution dans le fonctionnement de l'administration.

Ce statu quo de la question sanitaire montre pourtant la difficulté et le manque de volonté des autorités de faire respecter la législation. Il faut en effet que le scandale atteigne ou touche l'étranger pour que la poussière se mette à voler, par crainte des retombées en termes d'image et de contrats. Et encore: les autorités ont annoncé hier l'envoi de 90 inspecteurs pour contrôler les entreprises agroalimentaires du pays, le troisième plus grand du monde, jusqu'au 8 juin...